Tuesday, July 19, 2005

TN mai 2004

Je sais. Je le répète à chaque fois mais à chaque fois c’est pire : dé-so-lé d’avoir laissé passer tant de temps pour le livrer, ce nouveau Tokyo News, un numéro tellement repoussé que l’irrégularité de sa parution n’a plus rien à envier celle des tracts révolutionnaires dans les régimes dictatoriaux. A propos de dictateur, je lis aujourd’hui, tranchant avec le déluge habituel de mauvaises nouvelles, que la cour d’appel de Santiago a levé l’immunité de Pinochet. Ca c’est de la bonne nouvelle, même s’il est un peu tard pour le juger : Pinochet, c’est un peu le Papon des Chiliens… même si à 88 ans, c’est encore un grand enfant. D’ailleurs, comme le faisait remarquer Desproges, dans « Pinochet », il y a « hochet ».

Après cette introduction en forme de parenthèse, c'est-à-dire finalement assez tordue, par quoi (re-)commencer ? La dernière fois, je vous avais abandonnés – à grands regrets – sur la fin de mes vacances d’hiver, alors que j’étais sur le point de reprendre le boulot. Depuis, quatre mois exactement se sont écoulés, et que s’est-il passé entretemps ? Comme nous sommes tous des gens pressés, je vous fais le résumé des épisodes précédents en accéléré : j’ai visité pour le boulot un entrepôt contenant des canapés infestés de larves d’insectes, je suis allé, pour le boulot toujours, passer une semaine à Paris sur un salon (22 mars) et pour une formation (24-26 mars), j’ai reçu Max et Yoshi pendant leur séjour au Japon (31 mars-10 avril), j’ai joué de la guitare les dimanches avec Masa dans le parc de Yoyogi, j’ai fait quelques balades en montagne aux environs de Tokyo, j’ai fait refaire mon passeport, mon permis de conduire, ma Carte Bleue (plutôt 2 fois qu’une puisque je l’ai à nouveau perdue, cette fois dans un distributeur automatique qui ne m’a rien distribué), j’ai vu quelques chefs d’œuvre de l’animation au cinéma (Innocence, Apple Seed, Le Seigneur des Anneaux III / Le Retour du Roi – mais si, c’est de l’animation… par ordinateur, en grande partie du moins !), je suis allé à un concert de Radiohead (17 avril) où je me suis fait voler, entre autres, mon appareil-photo, je suis allé dans la péninsule d’Izu avec Masa et son pote Hirotake (2-4 mai) pour les congés de la Golden Week (et je n’ai rien eu de volé ni perdu), j’ai choppé une « sciatique par hernie discale de type L5 », j’ai cru plus d’une fois que mon ordinateur allait rendre son âme à Microsoft, et enfin je suis reparti en vacances en France (14-24 mai).

J’y ai assisté à l’opération « Apothéose », nom de code de la célébration, le 22 mai, des soixante ans de mariage de mes grands-parents maternels. Chez la génération « jeune mais plus trop » dont je fais partie, on avait appelé ça « Opération Diamants », d’après les noces du même nom. Cher lecteur, je te ferai grâce du détail de ces festivités, soit parce que tu ne fais pas partie de la famille et tu ne te sentirais pas très concerné, soit parce sinon tu y étais forcément puisque, fait exceptionnel, il ne manquait personne (il n’y en a qu’une qui est dans les deux cas, elle se reconnaîtra…). Mais si je devais résumer en un mot, ce serait : émouvant. Et éprouvant pour les organisateurs, qui n’étaient pourtant pas les derniers à se lancer le dernier soir dans un twist endiablé, sous le regard affligé de leurs enfants, qui, à de louables exceptions près, sont restés plantés (voire endormi, dans mon cas) sur leurs chaises sans oser se lancer, comme des boudins acnéiques intimidés par un podium de top-models (alors qu’en fait on est tous beaux). En tous cas, vivement le récit grand paternel détaillé de cette rencontre au sommet et au complet, qui devrait être l’occasion d’un savoureux hors-série de la chronique familiale.

Ces congés en France, positifs à tous points de vue, m’ont aussi donné l’occasion de discussions extrêmement précieuses avec mes parents, de premiers échanges avec l’Adorable Terreur alias mon p’tit filleul (dont le vocabulaire ressemble de plus en plus à celui des humains), de sorties avec des amis d’enfance (qui me manquent toujours en plus à mesure que passent les années), de balades en Provence (Montmirail et ses Dentelles pas sexy mais fascinantes de beauté, les Baux et leur Cathédrale d’images plongeant dans les charmes présents et passés d’Alexandrie), de virées au cinéma (Night of the Demon, Kill Bill vol.2), au resto (Le Petit Jardin, l’Alambic, pour ceux qui connaissent), et de farniente grâce à cette extraordinaire maison de Lagnes, à la bouffe française (enfin, celle de ma chère maman, handicapée de la casserole mais qui pour l’occasion s’est surpassée !) et au beau temps, qui pour ne rien gâcher a donné le meilleur de son soleil de mai, subtilement tempéré par une brise opportune. Last but not least, l’as de notre liste : Isabelle retrouvée. Et au meilleur sens du terme. Des retrouvailles bien plus sereines que lorsqu’on s’était entrevus, au prix d’acrobatiques compromis de nos emplois du temps lors de mon passage à Paris en mars, à la faveur du hasard pourtant exquis qui nous a voulus tous les deux en formation professionnelle au même moment et au même endroit !

Je terminerai par une petite digression sur l’incident de dimanche à Roissy, auquel je l’avoue je n’accorderais sans doute pas autant d’importance s’il n’était pas survenu le jour même où je devais prendre l’avion. J’ai du mal à me décider entre frémir ou me réjouir en pensant que le couperet n’est pas passé très loin ce coup-ci... Déjà, le 11 septembre 2001, je prenais l’avion (pour rentrer au Japon après les derniers examens de ma vie d’étudiant). Coïncidence ? Dimanche dernier, la récompense suprême du Festival de Cannes était remise au documentaire de propagande anti-Bush de Michael Moore, « Fahrenheit 9/11 ».

J’ai appris la nouvelle de l’accident dans la voiture qui me conduisait à l’aéroport de Marignane, où je devais prendre une correspondance pour Roissy. La radio annonçait alors 5 morts. Heureusement, peut-on dire, il n’y en avait que 4, ou plutôt 3 morts et 2 demis car, détail macabre, les secouristes se sont rendus compte que ce qu’on avait d’abord pris pour deux cadavres appartenait en fait à ce qui avait été autrefois une seule et même personne… Autre détail troublant qu’on m’a rapporté : parmi les victimes se serait trouvée une femme porteuse d’un passeport volé. On imagine la tête de la famille de la vraie propriétaire du passeport quand on lui a annoncé sa mort… Croustillantes aussi, certaines excuses avancées, je crois, par Aéroports de Paris : les responsables de l’effondrement du terminal 2E seraient… les vibrations provoquées par les avions, qui passaient trop près ! En clair, les architectes de l’aéroport avaient tout prévu, sauf qu’il y aurait des avions…

D’ailleurs, on apprend aujourd’hui que l’architecte, Paul Andreu, est mis en cause dans une autre affaire judiciaire : l’attribution du marché de l’Opéra de Pékin. 7 mois avant de prendre sa retraite, ce type a quitté ADP, dont il était avant salarié. Entre les deux, il est passé « partenaire » d’ADP, une position qui lui assurait des honoraires bien plus élevés. En voilà un qui a su s’adapter à la réforme des retraites en donnant un petit coup de pouce à la sienne au dernier moment, espérant sans doute la passer au soleil… mais au bout de l’enquête, qui risque apparemment de durer un moment, c’est peut-être bien l’ombre qui l’attend !

Enfin, à quelque chose cette histoire tragique fut bonne : du coup je n’ai pas pu embarquer sur le vol prévu et j’ai eu droit à vingt-quatre heures de prolongations ! Ce qui m’a donné l’occasion de clore en beauté ce fabuleux séjour en terre provençale par toutes les « affaires » importantes que je n’aurais pu « conclure » sans ce contretemps. Et parmi elles : boire un pastis !

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