Ce soir pâtes au thon.
Je profite d’un petit moment de répit pour écrire un fragment de Tokyo News.
Depuis une semaine, mon pote Roman, un grand Suisse (du genre qui ne rentre pas dans le frigo...), qui plus est de Suisse allemande, a débarqué au Japon. Au début il habitait chez moi mais depuis hier soir il a déménagé chez sa copine japonaise (^^). Depuis qu’il est arrivé, le même jour que l’hiver, il fait un temps magnifique, avec un soleil radieux dans le bleu d’un ciel certes glacial, mais tout vaut mieux que le temps de merde qu’on s’est farci cet automne, particulièrement les weekends.
D’ailleurs, samedi dernier (20), nous sommes allés visiter Ikebukuro, un quartier commerçant de Tokyo... assez décevant : classique et pas très vivant, mis à part les énormes magasins Tobu et Seibu (c’est à dire grands pour des grands magasins). Plus intéressant était le quartier de Kôrakuen. Mis à part le Tokyo Dome, célèbre (au Japon) stade de base-ball, il s’y trouve un superbe jardin japonais, où des escaliers de vieille pierre respirant la sagesse, recouverts d’un tapis de feuilles aux couleurs de l’automne, serpentinent entre des arbres majestueux, dont les branches s’étendent au-dessus de pièces d’eau calmes et constellées de feuilles flamboyantes, telles des étoiles silencieuses dans le calme de l’infini, si ce n’est ces crétins de canards qui y coin-cointent. Bref, un endroit buccolique, romantique, paisible et très apaisant... peut-être parce que le feuillage des érables japonais ressemble fortement à des feuilles de mari-juana ? Ensuite on est allés visiter un parc d’attractions situé juste à côté, et très impressionnant. Juste après le jardin, le contraste était saisissant. Il s’agit en fait d’un énorme complexe de loisirs, qui comprend un grand huit, une grande roue et quelques autres attractions déconseillées aux estomacs de ceux qui sortiraient d’un réveillon trop copieux ou arrosé, mais aussi un complexe de onsen (sources thermales), une kyrielle de magasins à la mode et, comme partout au Japon, une myriade de restaurants. Mais quelle est la différence entre une kyrielle et une myriade, me direz-vous ? C’est une très mauvaise question, je ne vous remercie pas de me l’avoir posée. N’y aurait-il pas une foultitude d’autres sujets à tripoter ? Je veux dire, une tripotée de foules à aborder ? Le samedi soir, nous avons vécu un grand moment de nostalgie : retrouvailles, 3 ans après, entre 7 « anciens » de Senshu (=mon 2ème séjour au Japon). Nous étions 3 Japonais, 1 métisse américano-japonaise, 1 Mongol (Surnee, l’un des aventuriers du Fuji pour ceux qui connaissent l’histoire), 1 Suisse (Roman) et 1 Français (un beau gosse chauve et barbu). Dans un restaurant à la mode, certes branché mais basse intensité puisqu’aux lumières tamisées, assis dans une alcôve surélevée donnant sur une grande baie vitrée, nous avons évoqué quelques souvenirs en buvant du vin rouge et parlé de nos vies respectives en grignotant des crackers. Tombant sur le constat commun qu’on avait pas changé physiquement, et qu’on restait encore de grands enfants... Nous nous sommes un peu éternisés et, ratant le dernier train, sommes rentrés à pied. J’ai hébergé, en plus de mon ami suisse, un des Japonais. Et le lendemain soir, le copain mongol a débarqué chez moi aussi, cherchant refuge pour une nuit avant de repartir dans son pays pour les fêtes. Il m’a laissé entre autres un très beau drapeau de la Mongolie !
Dimanche (21) a été une journée assez infernale. Décidant qu’il était grand temps de faire le ménage sur mon ordinateur, j’ai appelé un copain à la rescousse, qui s’y connaît un peu mieux que moi. Il devait m’aider à nettoyer mon disque dur et réinstaller tous les programmes d’origine pour que je puisse repartir sur de bonnes bases. Quand, à 14h, il est arrivé chez moi, ça faisait déjà 4h que je me prenais la tête à deux mains sur mon coussin, devant mon ordinateur, pour essayer de sauvegarder toutes les données possibles sur CD. 6h plus tard et quelques centaines de mégas de données malencontreusement perdues en route, l’ordinateur était réinstallé. Personnellement j’étais complètement lessivé, voire rouleau-compressé. Nous avions prévu de sortir nous détendre le soir dans un bar du quartier, mais nous nous sommes rabattus lamentablement sur une pizza dans un mauvais restaurant familial. Aujourd’hui ça va mieux, mais j’ai perdu au passage tous mes programmes en français, et j’ai des problèmes avec ma connection Internet.
Demain c’est l’anniversaire de l’Empereur (23 décembre). Je prévois de me lever à 5h du matin : pas mal pour un jour férié ! J’irai, avec quelques autres braves, essayer de visiter le château impérial, car c’est l’un des seuls jours de l’année où il est ouvert au public. Du coup, il y a tellement de monde qu’il faudrait presque camper sur place la veille pour avoir une chance de rentrer. Comme vous le savez, le Japon est une démocratie (bien que ce soit très discutable dans les faits). Mais les Japonais adorent leur Empereur (qui s’appelle Aki-Hito). Un peu comme les Rosbifs leur reine (les Australiens, eux, ont arrêté). Du coup les Ricains, quand ils ont mis le Japon à genoux en 1945, ont décidé de garder Hiro-Hito, en espérant qu’il serait un élément fédérateur de la nation, garant de la paix sociale pendant l’Occupation. Ca ne vous rappelle rien ? Ben oui, c’est le principe de « quand la majorité se déchire, Pétain coud » (^^). Bien sûr, il fallait, pour rester politiquement correct, faire croire que l’Empereur n’était pas au courant des atrocités perpétrées par l’armée japonaise, bref, que l’Empereur n’était pas impérialiste... et ça a plutôt bien marché, car il me semble qu’aujourd’hui les Japonais ne se posent même pas la question.
Il est donc plus que temps d’aller me coucher, puisque la nuit risque d’être courte !
Bon baisers a tous et à toutes.
Et si je n’écris plus d’ici là, un très très Joyeux Noël. Et quand vous vomirez votre dinde, réjouissez-vous en pensant qu’à ce moment précis quelque part dans le monde, peut-être pas si loin de chez vous, certains seront en train de crever dans le caniveau, victimes de la faim, de la maladie ou de la violence. Sans parler de ceux qui, comme moi, crèveront de solitude, dans un pays où Noël est une fête de couple, et non pas de famille ! Alors faites comme moi, pour réduire la misère dans le monde, empiffrez-vous !
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