Ohayoo à tous !
Voici un Tokyo News plus modeste, il faut dire que j’ai moins à raconter, d’abord parce que pour une fois je n’ai pas laissé 3 mois s’écouler sans aucune nouvelle, et surtout parce que je ne fais –presque– que bosser, et n’ai donc pas grand-chose d’intéressant à vous mettre sous la canine. Vivement les prochaines vacances…
Allez, je commence par la pluie (le beau temps n’étant pas au rendez-vous) : début juin, ça y est, le Japon vient de rentrer dans la saison des grandes eaux, celle qui dégouline du ciel et celle qui détrempe les chemises même quand il ne pleut pas, vu le taux d’humidité qui rappelle le dessous-de-bras de Carlos (pas le terroriste des Comores, celui de la chanson) sur la fin d’une course-poursuite dans un hypothétique épisode du JAP (hypothétique car je n’en ai jamais vu un seul). Et si les plans du Très-Haut se déroulent sans accroc, ça devrait durer comme ça jusqu’à mi-juillet, mais on ne sait jamais à quoi s’en tenir car on a beau être à 8000 bornes de Vaison-La-Romaine, ici aussi depuis quelques années le temps a pété un boulon : l’été dernier, alors que la France encaniculée ne comptait plus ses victimes, le Japon, était affligé d’une saison si anormalement fraîche et pluvieuse que ça aurait retardé la reprise économique (ce sont les commerçants qui le disent…).
Côté boulot, la semaine dernière j’ai eu un épisode distrayant, avec un client débile qui a commencé par rater son rendez-vous du matin, puis était absolument furieux que je ne puisse le recevoir l’après-midi alors que j’avais d’autres engagements, et m’a traité de tous les noms, au téléphone puis dans une lettre tout ce qu’il y a de poétique. Ce qui est moins rigolo, c’est que notre déontologie nous oblige à traiter les réclamations de tous les clients, même les complètement barjos (ce qui était son cas), et que du coup j’ai perdu des heures à essayer de répondre poliment à ce dingue. Et quand il a réussi à l’avoir, son rendez-vous (pas avec moi, heureusement, puisque dans un éclair de lucidité, il avait décidé qu’il ne voulait plus me rencontrer), il n’était encore pas content ! Nouvelle réclamation, nouvelle perte de temps. Et après on nous demande d’être productifs ! C’est atrocement frustrant de bosser dans un cadre où on doit s’écraser devant de pareils connards, mais il paraît malheureusement qu’il n’est pas rare de tomber sur ce genre de speciman (un speciman, des specimen). Quand on sait que tout ce boulot superflu est financé avec vos impôts, j’ai presque envie de vous épargner la suite, quand j’ai compris plus tard qu’il s’agissait très probablement d’un de ces étrangers qui vendent dans la rue au Japon des articles de contrefaçon fabriqués en Asie, faisant l’aller-retour avec un visa de touriste, et qui sont tolérés par la police et protégés par les Yakuza, tant qu’ils se laissent racketter allègrement. C’est un commerce illégal mais juteux, et qui fait le jeu des nationalistes qui prétendent que ce sont les étrangers qui foutent le bordel et sont responsables de tous les problèmes du Japon. Je vous avais prévenus, fallait pas lire !
Pourtant, comme vous le savez, le Japon est un pays encore extraordinairement sûr. Toujours est-il que, les Japonais ne pouvant rien faire comme les autres, leurs criminels sont eux aussi un peu à part. Exemple : M. Uekusa (prononcer « Wexa »), économiste éminemment réputé, sage parmi les sages, a récemment été arrêté par la police. Délit d’initié ? Corruption ? Malversations ? Pas du tout, il s’est fait coffrer pour voyeurisme ! Un grand garçon comme lui. Pris sur le fait, la main dans le sac, si j’ose dire, dans un escalator en train d’espionner, à l’aide d’un petit miroir, sous la jupe d’une fille. Le phénomène est tellement commun au Japon qu’ils ont un nom pour ça : le « panchira » (mot-à-mot : « regarder subrepticement la culotte »). Et pour le pelotage aussi, ou « chikan » (là, je ne connais pas l’étymologie, mais quand on sait qu’il existe des caractères chinois pour ce mot, c’est que ça ne doit pas dater d’hier. Quoique… Les Japonais ont bien trouvé des caractères qui se lisent phonétiquement « coffee » pour désigner le café… et tout ça pour remplacer le mot qui existait déjà en katakana, leur syllabaire créé exprès pour transcrire les mots étrangers… si c’est pas du snobisme ! Bref, où j’en étais, moi ? Ah oui : il faut dire aussi que la criminalité étant ce qu’elle est au Japon, les policiers ont le choix, en gros, entre deux spécialisations : la circulation et la chasse aux pervers sexuels… Remarquez, ça a du bon parfois : un autre homme qui s’est fait piquer en flagrant délit de « panchira » s’est avéré être un Yakuza très recherché! Ce n’est pas pour rien que « la petite faiblesse qui vous perdra » porte un nom japonais... Mais on dirait parfois que les Japonais sont assez indifférent à tout ça. Il est quasiment de notoriété publique que Yoshiro Mori, ex-premier ministre (prédécesseur de l’actuel, Junichiro Koizumi), aurait commis un viol lorsqu’il était étudiant ! Pour vous situer le personnage, son surnom, c’est « pizza froide », c’est vous dire s’il est appétissant… Je tiens l’information de Masa, un ami journaliste (mais bon, lui sa spécialité, c’est les métaux non-ferreux, option aluminium, alors je me demande ce qu’il connaît aux politiciens libidineux). C’est quand même hallucinant que ce genre de truc ne brise pas une carrière politique. A côté, les Américains avec leurs dessous de tables à la Maison Blanche et les Français avec leurs mazarinades (histoires d’enfants illégitimes, ndlr) font bien pâle visage !
Bon, j’arrête ici les histoires en-dessous de la ceinture, pour vous reparler de moi. La gaudriole n’est malheureusement pas mon lot quotidien, mais je m’occupe ! En ce moment je suis dans l’hospitalier : je suis allé dans une clinique internationale (à 50 mètres de chez moi, c’est l’avantage d’habiter dans le quartier des étrangers), où je suis tombé sur un vieux docteur (genre Boskonovitch, pour ceux qui connaissent, et avec un nom presque pareil) pour lui parler de mes problèmes chroniques de sciatique chiatique. Diagnostic : rien de dramatique et pas d’antibiotiques. Autre clinique, informatique, pour mon pauvre ordinateur, qui en est ressorti toujours aussi aphone, sans espoir de guérison puisque le diagnostic n’a rien donné. Tant pis, je me suis acheté une Playstation, qui me permet de lire les DVD sur ma TV.
A part ça c’est la routine, avec ses hauts et ses bas. Je n’ai pas trop de deux jours de weekend pour décompresser de la semaine, même si mes distractions restent assez banales et se limitent aux restos avec des copains. J’avais en projet un voyage exotique cet été, un truc un peu intense du genre trekking mais pour un voyage valable il faut compter bien 3 semaines et je préfère réserver mes vacances pour l’hiver prochain. Et plus bêtement, j’ai bien peur de m’être emballé un peu vite, vu que ma sciatique ne s’arrange pas… Donc pour cette fois, pas de montée de l'Everest aller-retour en 5 jours en short, sandalettes et sans oxygène. Ca ne devrait pas m’empêcher de partir quand même quelques jours, peut-être à la découverte d’un Japon que je ne connais absolument pas : toute la partie au nord de Tokyo.
No comments:
Post a Comment