Tuesday, July 19, 2005

TN 9 novembre 2003

Eh bien oui ! Voilà le grand retour du fils de la revanche de Tokyo News. La plupart d’entre vous ne l’attendaient même plus. Ils n’y croyaient plus. Moi non plus. Et pourtant. Au programme de ce numéro, quelques faits marquants, qui sont autant de bonnes excuses pour ne pas avoir écrit avant !

Côté rythme de travail, on peut dire qu’en général, ma conscience professionnelle a diminué un peu et mes heures supplémentaires beaucoup. Si je rentre encore rarement chez moi avant 21h30, c’est parce qu’après le boulot, les mardi et jeudi je vais au Kempo, et le mercredi à mon cours de japonais. J’ai en effet repris le Shorinji Kempo, cet art martial dont j’avais commencé la pratique à Osaka, pendant 1 an. Le premier constat, c’est que je suis encore plus nul qu’avant, moins adroit et moins rapide, c’est un peu décourageant. Contrairement au gymnase où on s’entraînait à Osaka, le dôjo que j’ai rejoint à Tokyo est situé dans la salle de musique d’un collège, et quand on fait du combat libre, il faut faire gaffe de ne pas se prendre le piano. Le prof est un petit homme trapu avec une permanente de mémé. D’ailleurs il est coiffeur de profession et l’autre jour il est arrivé tout fier de sa nouvelle coupe qui le rajeunissait de 10 ans. Il doit avoir en réalité plus de 50 ans mais il a la pêche. D’ailleurs j’ai les tibias couverts de bleus depuis qu’il m’a montré comment il arrêtait les coups de pied. Il est assez sévère pendant le cours, mais après il paye systématiquement à boire à tout le monde (boissons sans alcool, car il y a quand même des jeunes). Il lui arrive assez souvent de faire des allusions graveleuses (profitant du fait qu’il n’y ait pas de filles), et la semaine dernière, ils nous a carrément recommandé un spectacle de danseuses nues qu’il était allé voir ! Quand on sait que le Shorinji Kempo est dérivé des traditions Shaolin et très fortement lié à la doctrine bouddhiste… A part ça les cours sont assez inégaux. On passe certains à écouter le prof raconter sa vie, et d’autres à se mettre des lattes et vraiment étudier sérieusement. A la fin du 2ème cours, qui était très décevant, j’avais pris la résolution d’arrêter. Mais ce soir-là les adultes du cours m’ont proposé d’aller boire un coup avec eux. Après un repas bien arrosé, au cours duquel j’ai appris quelques mots de « japonais de la nuit » (comme ils disent), c’est à dire du genre qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires, j’avais changé d’avis...

Pour les cours de japonais plus traditionnel, on m’a recommandé une prof très compétente, qui non seulement sait expliquer, au besoin en français car elle le parle aussi couramment, mais est également très calée en économie. J’apprends donc beaucoup avec elle. Elle a quand même 2 défauts : elle est chère et, sauf son respect, elle a passé depuis un moment la date limite de consommation.

Sinon côté « événements », parlons d’abord des réjouissances. J’ai fait ma crémaillère le 22 novembre. La taille de mon appartement, que je considérais comme grande, m’est alors apparue toute relative avec une trentaine de personnes dedans. La moitié étaient des amis d’horizons divers, et les autres des « pièces rapportées » par lesdits amis, que je ne connaissais pas avant la soirée, et d’ailleurs pas beaucoup plus après, puisque je n’ai eu le temps de discuter avec quasiment personne. Le mélange Français-Japonais-crêpes (seules ces dernières se mangent) a semble-t-il plutôt bien fonctionné et les gens se sont apparemment bien régalés et amusés, alors que moi-même je n’en ai pas vraiment profité, trop occupé à guider les uns et les autres pour trouver le chemin jusque chez moi, vérifier les approvisionnements… J’ai même eu droit à une visite de la voisine du dessous, qui est montée non pas pour se plaindre du bruit, mais pour m’apporter un cadeau. Elle revenait juste de voyage d’affaires (en France en plus !). Quand je l’avais rencontrée pour la première fois elle était sur le départ, et je l’avais aidée à porter ses affaires dans le taxi qui l’emmenait à l’aéroport.

Lorsque vers 1h du matin la plupart des invités étaient partis, courant après le dernier train pour rentrer chez eux, nous nous sommes retrouvés à 8 pour sortir aller faire un karaoke. Ce dernier restera comme l’un de mes plus grands souvenirs de délire et de défoulement. Le petit matin me laissera sans voix et sans forces ni courage face au désordre dans l’appart, qui attendra la semaine suivante pour retrouver un peu bonne figure…

Côté appart, justement, j’ai un nouveau meuble télé et une chaise de bureau assez luxueuse, du genre très confortable et multi réglable. Et puis je me suis enfin acheté un canapé convertible, qui pourra donc accueillir les visiteurs éventuels. Le matelas est assez confortable et grand pour 2 personnes. J’ai déjà quelques amis inscrits sur la liste, et la place est donc prise de la mi-décembre à la fin janvier. Pour la suite… dépêchez-vous ! Une deuxième raison pour ne plus tarder à venir visiter Tokyo : nous avons des tremblements de terre assez fréquents et plutôt intenses et il semble que les heures (n’exagérons rien : disons, les années) de la ville sont comptées !

Dans les événements moins réjouissants, mon emploi du temps a été pas mal perturbé par la visite au Japon de Francis Mer, le ministre de l’Economie, et donc le boss du big-boss de nos services. Il venait pour discuter de choses et d’autres avec ses homologues japonais, et en profitait pour vérifier à quoi sert la Mission Economique. En ces temps de réductions budgétaires, la question n’est pas innocente…

Il m’a fait lever à 5h30 du matin, car je devais participer à la délégation qui l’accueillait à l’aéroport, avec le chef de la ME, un de ses adjoints, et l’ambassadeur. Déjà que je ne portais pas ce ministre dans mon cœur, ça n’a rien arrangé (après lui avoir serré la main, je n’ai pas manqué de recompter mes doigts). Et si encore il était venu seul. Mais bien sûr il drainait dans son sillage une grosse vingtaine de technocrates, parlementaires et chefs d’entreprises, tous venus là pour leur petit lobbying.

Mon rôle était de veiller à ce que toute la délégation passe les formalités (immigration et douanes) sans problème, et que chacun monte dans la bonne voiture, puisqu’après l’aéroport, certains se rendaient à une conférence, d’autres à l’hôtel, etc. Mais tout ce beau monde est aussi indiscipliné qu’une classe d’école primaire, et plus capricieux encore. Surtout les parlementaires (au passage, il y avait 3 UMP et 1 Socialiste au programme… mais ce dernier n’est finalement pas venu, sans doute effrayé à l’idée de se retrouver seul avec ses petits camarades). Dire qu’ils sont les représentants du peuple… plus les années passent et moins le suffrage universel m’apparaît comme une bonne invention. Ces gens-là n’ont pas l’habitude d’attendre, ni d’écouter ce qu’on leur dit, et le pire c’est qu’ils sont extrêmement attachés aux petits privilèges. Alors quand le ministre passe la douane sans son passeport mais qu’eux on leur demande de patienter avec les autres, ils râlent, sont scandalisés, et prétendent invariablement que « c’est la première fois » qu’on leur fait subir pareille humiliation. Et ensuite il ne faut rien dire quand ils décident au dernier moment de faire un détour par l’hôtel avant la conférence, foutant en l’air, en deux secondes, un planning qui a déjà été changé des dizaines de fois avant leur arrivée à cause, déjà, de leurs caprices. Bref.

En ce qui me concerne, j’ai fait la voiture-balai en récupérant les passeports des Super-VIP qui avaient passé la douane en premier et en vitesse. Ce qui fait qu’à un moment de la journée, j’avais en poche 5 passeports diplomatiques, dont celui du ministre. Heureusement que le Japon est un pays sûr, je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé si j’avais égaré les passeports, surtout que notre ministre continuait deux jours plus tard son voyage vers Pékin. Sans doute qu’il aurait été obligé d’arriver à pied par la Chine. Mais j’ai essayé : c’est même pas possible. A moins qu’il franchisse la mer…

Côté culture, je profite de mon séjour au Japon pour voir ou revoir des classiques du cinéma… français ! En effet la vidéothèque Tsutaya de Roppongi Hills est bien mieux fournie en films français que les vidéo clubs de l’Isle-sur-la-Sorgue (vous me direz que c’est pas dur…) : Le Péril Jeune, Les Tontons Flingueurs, 8 Femmes, sont les titres que j’ai (re-)découvert avec ravissement. Je me rends compte qu’être au Japon me donne besoin de m’accrocher davantage à la culture française. Et quand je rencontre un Français avec qui on peut se raconter des bonnes vieilles blagues, c’est un bonheur rare...

Je profite de l’occasion pour vous parler un peu de la télé japonaise. Dans l'ensemble, c’est tellement lamentable que c’en est déprimant. Quand on l’allume au hasard et qu’on zappe (7 chaînes), voilà ce qu’on voit (j’ai fait le test pour vous) : courses de chevaux, chant traditionnel, bouffe, pube, pube, pube, golf. Supeeeeer… De temps en temps quand même, il y a des trucs rigolos, comme cette nouvelle au journal du 14/11 matin : un couple de vieux (72 et 71 ans) s'est fait agresser dans son sommeil par un jeune cambrioleur de 70 ans. Le type s’est introduit chez eux dans la nuit, et leur a demandé de l'argent en les menaçant d'un couteau. Comme ils ont résisté en répondant qu'ils n'en avaient pas, il les a aspergés d'essence ! Mais n'a pas fini le travail... et a finalement été arrêté. Le financement des retraites, c'est pas gagné.

Pour terminer je vais me fendre d’un petit paragraphe météo : absolument lamentable, il fait un temps résolument dégueulasse depuis mon arrivée (depuis avant, en fait). Et particulièrement les weekends. Heureusement, aujourd’hui (dimanche 7 décembre 2003, date à marquer d’un soleil rouge sur fond blanc) exceptionnellement il a fait beau ! J’en ai profité pour sortir un peu, et m’installer dans le parc de Yoyogi pour jouer de guitare.

Au passage, Yoyogi est un lieu extraordinaire, surtout le dimanche. C’est là que se rassemblent ces Japonais en tenue excentriques que vous avez peut-être déjà vus dans des reportages : ils sont habillés, coiffés et maquillés de manière ultra-voyante, qui les fait ressembler à des personnages de dessins animés Certains de mes amis les appellent simplement « les fous ». Mais c’est de la folie douce... Ils sont juste là, ensemble, sur le pont de Meiji-jingu-mae, à se faire photographier à tous bouts de champ par des touristes (comme moi) ou des chasseurs d’images plus ou moins fétichistes (pas comme moi…). Plus loin, encore plus délirant, c’est le domaine réservé des rockers : jeans serrés, blousons de cuir noir et banane, ça doit être une sorte de secte de nostalgiques… mais on y trouve autant des vieux que des jeunes ! Sur fond de vieux tubes, ils dansent, ils font des figures acrobatiques, ils ont la pêche ! D’accord, ils sont parfaitement ridicules, mais ça fait partie du ravissement ! Que font tous ces « fous » le reste de la semaine, dans le civil ?

C’est l’un des nombreux mystères qui me restent à explorer ici. La réponse dans un futur numéro ?

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