Aéroport de Tokyo-Narita, samedi 13 septembre 2003, 16h15 : le vol Alitalia est pile à l’heure (il faut dire qu’il était opéré par Japan Airlines…). Aux services d’immigration il y a au moins 1/2h d’attente mais ça se passe sans problème, ainsi que la récupération des bagages et les formalités de douane. Je téléphone ensuite à David, l’ami qui doit me loger, pour qu’il m’indique le chemin à suivre. Il habite dans la banlieue ouest de Tokyo, sur la ligne Tokyu-Den’en-Toshi, que je n’ai jamais prise, petite excuse pour m’être planté de chemin lamentablement, et plusieurs fois. Je descends enfin à la bonne gare, où David m’accueille, et on rejoint Sae, sa copine, qui a préparé un succulent repas en mon honneur. On discute bien puis on commence à regarder un film, devant lequel Sae et moi nous endormons. Une fois couché, par contre, plus moyen de fermer l’œil. Je suis sous le coup du décalage horaire, auquel s’ajoute la chaleur moite d’un été japonais très en retard cette année.
Le lendemain, on se lève tard, puis on retrouve Stéphane (un autre copain qui, comme David, est un ancien de mon DESS de Lyon) au tout nouveau grand magasin Takashimaya de Futako-Tamagawa, une gare proche de chez David. On est là pour choisir un cadeau pour les jeunes mariés François (encore un ancien du DESS) et Patrycja (son amour de Polonaise). Plus tard, David et moi retrouvons Marc (un collègue de David) et sa copine Cécile (ou Céline, je sais jamais) avec qui nous achetons quelque ravitaillement pour la soirée qui doit se dérouler chez François le soir-même. Nous arrivons chez François un peu après 20h, où nous passons de bons moments à parler français, anglais et japonais avec des gens de différentes nationalités (beaucoup d’Européens de l’Est et de Français), à picorer des canapés au saucisson, et à boire vins et champagnes sur fond de vidéos de mariage.
Le lendemain lundi 15 étant férié, on se réveille encore plus tard que la veille, et je ne fais pas grand chose, si ce n’est commencer à regarder des petites annonces de logement sur Internet. Le soir, Sae nous laisse entre hommes pour rejoindre ses parents, et j’invite David à dîner dans un Izakaya (bar japonais) très sympathique : ambiance traditionnelle, bonne bouffe, clientèle jeune et essentiellement féminine. En rentrant, on tente de regarder un autre film, mais on s’endort aussi. Après une heure de sommeil, l’insomnie revient.
Le mardi, c’est costard-cravate et caleçon propre (un grand jour…) : je prends mes fonctions à la ME (Mission Economique). Enfin, j’essaie… la comptable qui doit s’occuper de la gestion logistique de mon arrivée est absente, l’informaticien idem, mon ordinateur n’est pas configuré, je n’ai pas d’identité dans l’organisation, bref, impossible de travailler. Mais ça ne m’empêche pas de faire le tour des bureaux pour me présenter aux quelques 45 personnes qui travaillent à la ME. Difficile de retenir les noms et les visages qui s’y associent… Et j’ai d’autres soucis : il faut que je me trouve un logement provisoire, en attendant d’avoir mon propre appartement. J’opte pour une « guest house » (sorte de pension au mois) proche de la ME (20 minutes à pied) où il ne reste qu’une seule chambre, assez chère... surtout quand je me suis rendu compte de l’arnaque ! Un peu crade (demandez aux cafards), pas pratique (il fallait que je sorte pour aller prendre ma douche dans un autre bâtiment) et surtout très mal placée car donnant sur la rue où, à malgré le trafic ininterrompu qui fait trembler les murs, je parviens à dormir environ deux heures par intermittence, avec les doigts enfoncés dans les oreilles. La nuit sera longue… Et le manque de sommeil s’accumule. Je garde très bon moral, sachant que ça ne devrait pas durer, et surtout trop conscient de l’immense chance que j’ai d’être ici.
Le lendemain entre midi et deux, prêt à la déclaration de guerre, je retourne à l’agence Sakura (l’opérateur de la guest house) pour obtenir un endroit plus calme. Les négociations prennent du temps mais restent très cordiales, et le soir j’emménage dans une chambre beaucoup plus sympathique, de style japonais traditionnel : 15 mètres carrés, toute en bois, avec des tatamis au sol et des portes coulissantes donnant sur une petite veranda. Il ne manque plus que la musique de la pub Obao (et la fille qui va avec).
Côté boulot, je prends peu à peu mes marques. Petit à petit, les petits cafouillages du début s’arrangent et je suis bien installé (chaise confortable avec des roulettes qui ne couinent pas). Pour cette première semaine, je me suis limité à essayer de comprendre comment fonctionnait le secteur des biens de consommation, dans lequel je vais travailler. J’ai au-dessus de moi une chef, Sylvie, et trois assistantes, Yoko, Akiko et Asako, qui ont chacune des spécialisations sectorielles (par ex. : cosmétiques, décoration intérieure, mode, etc.). Je les connaissais déjà un peu du temps où j’étais à Osaka, elles sont assez dynamiques et très sympa. Le courant passe moins bien avec Sylvie, qui est dans un bureau séparé, et avec qui il y a un enjeu que je sous-estime peut-être : l’an dernier, elle était complètement absorbée par un grand projet qui lui prenait l’essentiel de son temps, et c’était mon prédécesseur qui dirigeait de facto le secteur. Désormais, Sylvie souhaite reprendre l’initiative et je crains d’être cantonné aux tâches les moins intéressantes. Nous avons commencé à négocier cela, mais ça reste un peu flou. Je compte sur la direction, qui ne semble pas faire une confiance démesurée à ma chef, pour appuyer ma position.
A part ça, il y a pas mal de chefs de secteurs assez jeunes et d’apparence cool, et l’ambiance est plutôt détendue. Le renouvellement de nombreuses « grosses têtes » de la ME y est sans doute pour beaucoup. Espérons que ça dure, avant que les querelles de pouvoir et autres mesquineries ne viennent tout gâcher. Pour l’instant, le nouveau bigboss qu’on me décrivait si redoutable a l’air très correct.
Les horaires sont en principe : 9h00-18h30, avec 1h30 de pause à midi. Cette semaine j’arrivais souvent plus tôt et repartais systématiquement plus tard, mais il faut dire que je me suis beaucoup absenté au milieu pour diverses démarches personnelles.
Le quartier de ma guest house est sympa – malgré un grand nombre d’étrangers ! – et j’y flâne chaque soir pour trouver un nouveau petit resto où prendre tranquillement mes repas solitaires. C’est un peu « branchouille » sans être trop bruyant, il y a de nombreux bars, des restos japonais, chinois, coréens, italiens, et comme partout dans les villes japonaises, beaucoup de magasins de proximité.
C’est sans doute par là que je vais commencer mes recherches d’appartement, car les prix ne sont pas beaucoup plus chers qu’en périphérie de Tokyo, sur la ligne menant directement à la ME. Pour vous donner une idée, on peut trouver un appartement de 45 mètres carrés pour 150 000 yen (7 500 francs, donc, euh… environ 1 150 euros).
Demain (20 septembre), je vais retourner au bureau pour quelques heures. J’en profiterai pour passer dans un magasin tout proche prendre le téléphone portable que j’ai commandé aujourd’hui. Je devrais pouvoir prendre et envoyer des photos par e-mail avec, une autre façon de vous faire partager mon quotidien !
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