Dans l’épisode précédent, je n’ai pas pu me rendre au Tokyo Game Show le vendredi 26 sur les heures de boulot, donc j’y suis allé le lendemain à mes frais (c’est pareil, c’est vous qui payez ;-)). J’y ai retrouvé mon pote Masa, et on a passé un bon moment au milieu d’une foule d’otakus, ces autistes des mondes virtuels, à en prendre plein les yeux et les oreilles en admirant les prochains grands succès du jeu vidéo. Comme les détails ne doivent pas tous vous passionner, j’envoie un petit compte-rendu à part à ceux dont je devine que ça les intéresse (qui a dit « Yoshi » ?), ou sur simple demande.
J’ai aussi décidé, le weekend, d’aller visiter des lieux importants de la grande consommation au Japon, pour mieux me faire une idée de la réalité que je n’ai observée jusqu’à maintenant que dans des études de marché. Moi qui détestais faire du lèche vitrine, je découvre un monde entièrement nouveau ! Du point de vue de l’observateur, c’est très intéressant, même si j’ai un peu mauvaise conscience à déranger le personnel des magasins alors que je sais pertinemment que je ne vais rien acheter. J’essaie de noter discrètement mes observations sur un carnet, mais les vendeurs à l’œil exercé doivent comprendre que je ne suis pas un client ordinaire, surtout quand je débarque habillé à la Jean-Claude Dusse dans un magasin hyper branché de chaussures pour femmes… Je prends donc sur mon temps libre pour des raisons professionnelles, mais il y a un aspect de la démarche qui est loin d’être désagréable (même si ce n’est pas la motivation première, quoi qu’en diront certains !) : les premiers consommateurs au Japon sont des consommatrices, jeunes et jolies – ou qui tentent de l’être – puisqu’elles fréquentent régulièrement ces boutiques de mode et autres paradis des cosmétiques.
Ce dimanche par exemple, je suis allé à Ginza, un haut-lieu de la mode au Japon, un peu les Champs-Elysées de Tokyo. J’ai commencé par la visite du grand magasin Mistukoshi, qui s’élève sur 10 niveaux, dont 3 en sous-sol, au-dessus d’une station de métro. Les grands magasins, appelés ici depâto (abrégé japonais de « department store ») ont gardé un rôle très important au Japon, surtout pour les articles de luxe. En bref, c’est l’équivalent de nos Galleries Lafayette ou du Printemps. Le plus frappant, c’est la priorité qui y est accordée au service : les vendeuses sont parfois plus nombreuses que les clientes. Et encore, il paraît qu’il y a quelques années, c’était pire, il y avait même des hôtesses embauchées à temps plein pour appuyer sur les boutons d’ascenseurs (ça existe encore en certains endroits)… Maintenant, près des ascenseurs, on trouve plutôt des hommes à l’air embarrassé, qui ont l’air de se faire royalement ch…er pendant que leur femme ou leur petite amie dévalise les rayons !
Côté boulot, ça y est, j’ai la tête dans le guidon et je ne fais plus que ça : bosser ! Dans l’épisode précédent, je vous parlais de l’étendue de mon secteur (les biens de consommation, qui vont du sac Louis Vuitton aux petites cuillères en argent en passant – Allah est grand – par la lingerie fine) mais concrètement, que fait-il, demanderez-vous ? Question légitime puisque, comme je me plais à le rappeler, je suis payé avec votre argent ! Une grosse part de mon travail jusqu’à maintenant est éditorial : c’est de la relecture, de la correction voire de la rédaction pure et simple (en ce moment-même, j’ai l’impression de faire des heures supp’). La ME publie des études de marché et des veilles stratégiques, qui sont ensuite vendues à des entreprises intéressés par le marché japonais, directement ou par l’intermédiaire de fédérations professionnelles. J’ai notamment 3 grosses études (150 à 200 pages chacune) à corriger, qui auraient dû être publiées en juin dernier, on est donc légèrement à la bourre… La ME reçoit également tous les jours une grosse quantité de demandes très diverses concernant le marché japonais, à nous de répondre dans des délais acceptables avec les moyens du bord : bases de données, recherches sur Internet, etc. Comme ce sont les assistantes japonaises qui répondent, il faut relire derrière, ce qui implique aussi de bien comprendre chaque cas particulier.
Autre partie du boulot, il faut organiser des missions pour des entreprises françaises, c’est à dire leur préparer un programme de rendez-vous sur place avec des partenaires japonais potentiels, avec tout ce que ça implique : relance des entreprises pour obtenir confirmation de leurs dates de mission, présentation de leurs produits, etc. Et ça se complique quand les entreprises sont plusieurs à venir en même temps et interviennent au milieu plusieurs ME, DRCE et CCI (qui sont tous des organismes de promotion des entreprises françaises). Comme je n’ai aucune expérience là-dessus, je suis obligé de m’auto-former en dehors des heures de boulot.
Enfin, et ça c’est le plus dur, il faut faire du management, le problème, finalement très banal, étant le suivant : une certaine pression vient de la hiérarchie pour travailler plus avec autant, voire moins de personnel. Le but étant donc de gagner du temps pour faire d’autres tâches, j’essaie peu à peu d’imposer de nouvelles méthodes de travail dans le service, qui me sont indispensables pour savoir qui fait quoi, mais qui peuvent être perçues comme du flicage. Pas de drame encore, mais je sens bien une certaine déception des assistantes, qui comprennent peu à peu que je ne suis pas là pour être leur ami ! Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manque car elles sont bien sympas, mais ma position est très différente du temps où j’étais à Osaka. Au passage, je remarque déjà très grosses différences de compétence, entre celles qui sont partisanes du moindre effort et une, notamment, qui est presque trop efficace ! Elle est très intelligente et devine beaucoup de choses, sans en avoir l’air. Quelqu’un comme ça risque de claquer la porte un jour si elle n’a pas de perspectives d’évolution.
Voilà mon quotidien ! Ca fait beaucoup à gérer à la fois. Sans compter que la direction semble atteinte de réunionite aiguë, qui n’est pas le nom d’une maladie peu honorable contractée sur l’Ile de la Réunion, mais la propension absolument incroyable de la Direction à tenir des réunions pour tout et n’importe quoi, surtout que la plupart du temps on se perd dans des détails dont les 3/4 des participants se fichent complètement. C’est extrêmement perturbateur et consommateur de temps, surtout que ces messieurs-dames ne respectent jamais les horaires !
J’ai conscience que ce que je raconte est d’une grande banalité, qui doit en faire sourire certains car ils vivent ça au quotidien depuis bien plus longtemps que moi. Pour ma part, je plonge juste dans ce monde où tout geste, toute parole, tout e-mail envoyé doit être savamment calculé, de façon à ce qu’on ne puisse rien vous reprocher, ni d’en haut, ni d’en bas… Certains se débrouillent très bien dans ce rôle, moi je ne suis pas encore franchement à l’aise ! Je ne sais pas trop si je suis fait pour ça, mais en tous cas ça sera sûrement très formateur... Je suis en train de me dire que tout le monde, au moins une fois dans sa vie, devrait passer par toutes les fonctions à l’intérieur d’une entreprise, du bigboss au chauffeur, histoire de bien se rendre compte de ce que c’est. Sur le moment, c’est vrai que ça ferait un sacré désordre pagaille chaos bordel…
Enfin, côté santé, ça va beaucoup mieux merci !
Il est possible que ce Tokyo news devienne mensuel ou bi-mensuel, ça me fera plus de choses à raconter. En attendant je pense bien à vous tous, vous me manquez beaucoup !
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