Saturday, May 28, 2005

Rabuho mai 2003

Isa et Aurélien dans la 4ème dimension : le love hotel

Les love hotels (ou « rabuho », en abrégé) sont des incontournables au Japon. Je crois que le concept lui-même est très japonais et trouve ses racines dans la société japonaise et notamment les contraintes d’espace. Le principe est le suivant : il s’agit d’hôtels de catégorie variable, dont le but est de satisfaire les besoins de couples en quête d’intimité, de confidentialité, voire d’originalité. On en entend tout le temps parler, et si c’est souvent sur le ton de la plaisanterie, il semble que leur usage soit très répandu au Japon. Il nous fallait donc à tout prix tenter une fois l’expérience avant de quitter ce pays, pour satisfaire notre curiosité titillée depuis si longtemps. Malheureusement, je ne dispose d’aucune statistique sur le chiffre d’affaires de ces établissements, leur fréquentation, les caractéristiques de leur clientèle, etc. Il faudra donc se fier uniquement à notre expérience pour s’en faire une idée qui, si elle manquera nécessairement d’objectivité, aura au moins le bénéfice du vécu.

L’expérience se devait d’être unique et, malgré notre total manque de renseignements en la matière, nous voulions choisir le bon endroit et le bon moment. L’anniversaire d’Isabelle fut le prétexte idéal. Quelques jours auparavant, je me renseignai auprès d’une connaissance du kenpo par ailleurs adepte régulier des hostess bars (une autre institution du « Japon de l’envers », qui sera traitée en temps utile^^), et qui me semblait à ce titre être la source d’informations idéale pour me conseiller un love hotel à notre convenance. Malheureusement, vivant seul loin de sa fiancée, il ne fréquentait plus les rabuho depuis qu’il avait quitté les bancs de la fac. Il a su quand même m’indiquer une adresse qui lui semblait bien, quelque part dans le quartier de namba.

C’est dans ce quartier que, le lendemain de son anniversaire, Isabelle et moi sommes allés manger un yakiniku puis un dessert. Tout en pensant rentrer ensuite par le dernier métro, peu avant minuit, nous avons voulu faire un tour dans namba pour éventuellement repérer quelques love hotels engageants. Me dirigeant vers l’endroit indiqué par mon ami du kenpo, nous sommes finalement entrés directement dans l’établissement qu’il m’avait recommandé, sans hésiter plus que ça, mais il faut dire qu’Isabelle était assez pressante ! Ce qui aide, c’est que le système (réception, paiement, etc.) est entièrement automatisé, c’est-à-dire qu’à aucun moment on n’est amené à rencontrer qui que ce soit, si ce n’est quelques couples furtifs qui, présents pour la même raison, feront semblant de ne rien voir. A la fois intrigués et intimidés, nous avons fini par oser passer la porte d’entrée aseptisée…

Une fois a l’intérieur, ce fut le début de la découverte et de l’hallucination. La première étape est celle du choix de la chambre. On se trouve devant un grand panneau où chaque photo, numérotée, correspond à une chambre. Une photo éclairée indique que la chambre est libre, et à notre arrivée le choix était déjà assez limité, avec peut-être une dizaine de chambres libres sur un total qui devait avoisiner la cinquantaine. Bien vite on tombe d’accord sur celle qui propose une « piscine privée » ! On sélectionne la chambre en poussant le bouton correspondant, qui délivre alors la carte magnétique qui servira de clé. Sept étages plus haut, on glisse la carte dans la serrure et un nouveau monde s’ouvre à nous…

La porte s’est refermée derrière nous et nous nous trouvons dans une entrée très propre, comme d’ailleurs le reste de l’hôtel. Petite touche japonaise incontournable : il faut retirer ses chaussures. Nous sommes accueillis par une voix automatique délivrant diverses informations quand à l’utilisation du parking ou de la carte de fidélité. Mais nous n’avons qu’une envie : faire le tour du propriétaire. Et là, nous ne sommes pas déçus ! Les différentes pièces sont séparées par des murs de verre, ce qui permet de voir d’un bout à l’autre de l’appartement ce qui se passe dans chaque pièce (sauf les toilettes, où le verre opaque laisse juste deviner si la place est occupée ou pas !).

Dès les premiers pas dans cette véritable suite, c’est la piscine qui saute aux yeux ! Pour s’y rendre, il faut traverser la salle de bains, équipée d’un jacuzzi plutôt spacieux pour deux personnes. La piscine, plus grande que notre salon habituel, est couverte, de forme triangulaire et toute équipée : tables et chaises à côté, matelas pneumatiques, balles et cerceaux en plastique pour jeux aquatiques... Le bassin est éclairé, légèrement surélevé et l’une des cloisons est en verre transparent. Une petite échelle permet d’entrer dans l’eau déjà toute fumante.

La dernière pièce à découvrir est la chambre. C’est aussi de là qu’on a la meilleure vue sur la piscine ! La décoration est relativement sobre, moderne, avec une dominante de verre et de bois clair. Le lit est classique mais grand, et en plus des boutons habituels qui permettent de régler le chauffage et l’éclairage des différentes pièces, on trouve des distributeurs de mouchoirs en papier ainsi que d’autres accessoires pour les étourdis qui auraient oublié de prendre leurs précautions, ou qui n’auraient pas prévu le coup… L’une des armoires contient un mini-bar, mais au-dessus on retrouve la « love hotel touch » : un distributeur d’accessoires ludiques divers qu’on ne trouve en général que dans des magasins spécialisés dont la fréquentation est interdite aux mineurs !

Le sol est recouvert d’une moquette douce, sauf du côté piscine où se trouve, sur un parquet légèrement surélevé, le coin salon. La télévision, d’une taille impressionnante – elle ne tiendrait pas dans l’ascenseur de notre immeuble – diffuse, en plus des programmes habituels, certaines chaînes câblées à réserver aux adultes. La télécommande permet de gérer également les jeux vidéos, le karaoke et enfin la musique, diffusée dans tout l’appartement jusqu’à la piscine (au choix : classique, pop, rythm&blues, hard rock…). Bref, quand bien même on ne s’adonnerait à aucune des deux principales raisons qui poussent les gens dans ces établissements – que sont « dodo » et « cracrac » – on n’aurait jamais le temps de s’ennuyer !

L’addition finale est salée, mais pour le standing, ça reste très raisonnable par rapport à un hôtel de luxe classique. Les chambres de love hotels se louent soit en mode « rest » (quelques heures en journée) soit en « stay » (pour la nuitée). Proportionnellement, il est beaucoup plus intéressant de rester toute la nuit, mais attention à ne pas dépasser l’heure limite. Le règlement s’effectue en partant, grâce à une machine qui calcule automatiquement le temps passé et les diverses « consommations ». En fait, on s’est rendus compte que pendant tout le temps passé dans la chambre, nous étions enfermés à l’intérieur, et que c’était le fait de régler la note que déverrouillait la porte !

On ne retentera sans doute pas l’expérience de sitôt, mais comme on dit, ça vaut son pesant de cacahuètes. Malgré tout ce que j’ai pu entendre ou lire sur le Japon jusqu’à présent, je n’imaginais pas qu’on puisse pousser jusque là le souci du détail et de l’efficacité. Désormais, j’essaierai davantage d’aller vérifier les informations sur le terrain.

Aurélien

PS : photos format JPG dispo sur demande : roliamjap@hotmail.com

(rien qui choquerait votre grand’mère, c’est juste pour montrer l’intérieur de la chambre et des différentes pièces)