Bonjour les gens !
J’espère que ça va bien chez tout le monde. Pour moi ça roule, pas de raison particulière de se réjouir, mais « on fait aller », et ça se passe plutôt bien. Ca n’est toujours pas le grand épanouissement dans le boulot, mais le secret c’est d’arriver à se ménager des espaces de détente pour trouver des compensations quand on rentre chez soi. Mais alors, vous dites-vous, à part faire l’idiot à bosser comme une andouille, à quel genre de loisir exotique se livre-t-il, dans ce pays si étrange, où il doit y avoir tellement à découvrir, à quelles excentricités s’adonne-t-il ? Eh bien je risque de vous décevoir pas mal, car mes loisirs sont très proches de ce que je pourrais faire en France. Je me suis remis à lire, et uniquement des bouquins en français. Ma prof de japonais, très francophile et qui participe un peu à mon éveil intellectuel, me prête des bouquins, que je vous recommande d’ailleurs : Le Bouddha Blanc (la vie bien remplie d’un homme qui est né et a vécu quasiment toute sa vie sur une petite île du bout du Japon) et La Lumière du Détroit (un gardien de prison retrouve parmi ses prisonniers un ancien camarade d’école dont il était le souffre-douleur). Les deux sont du même auteur, Hitonari Tsuji, qui a commencé sa carrière comme chanteur de rock. Il a notamment écrit les paroles d’une chanson très sympa, Ai wo kudasai (« donnez-moi de l’amour », mais ce n’est pas aussi cucul que le laisse craindre le titre), l’histoire d’un couple qui va au zoo et qui retrouve chez les animaux divers caractères humains (le lapin aux yeux rouges parce qu’il vient de passer une nuit blanche, la grenouille qui ne se rend pas compte qu’elle va se faire dévorer par le serpent, la hyène fourbe mais servile devant le roi lion, le mainate qui n’arrête pas de parler mais ne répond pas quand on lui dit bonjour, etc.). Au passage, c’était la chanson fétiche que l’on chantait au Kenshukan, c’est-à-dire le repaire d’étudiants étrangers où j’ai vécu une expérience humaine extraordinaire lors de mon deuxième séjour au Japon. Ma prof m’a également fait découvrir le journaliste-essayiste Natsuki Ikezawa, qui a publié le récit de son voyage en Irak. C’est court, très facile à lire (tout à fait adapté, je pense, à des enfants scolarisés si vous en avez… ou que vous êtes prof !), mais terriblement poignant par moments. Je l’avoue, j’en avais les larmes aux yeux ! Bon, il faut dire qu’avec l’âge, contrairement à ce que je pensais, je deviens une vraie madeleine, dût mon orgueil en souffrir. Si ça vous intéresse, ce petit livre est téléchargeable gratuitement depuis l’adresse Internet suivante : http://cafeimpala.com/downloadbookF.html. Enfin, je suis en train de lire La Parfaite Lumière, suite de La Pierre et le Sabre, un roman de cape et d’épée japonais (que m’a recommandé une amie française !), un peu comme les 3 mousquetaires, mais en plus célèbre (du moins ici !). A part ça, j’ai trouvé une librairie internationale près de chez moi où j’achète, pour 2 fois le prix original, le magazine de cinéma Première, qui accompagne bien mes repas solitaires. J’y découvre les films que je ne verrai pas, du moins pas avant longtemps, puisque les dates de sorties sont assez différentes ici (bande de veinards qui allez voir Shrek 2 pour la fête du cinéma !) et très peu de films étrangers parviennent dans les salles principales, à part les gros succès américains. Pour vous donner une idée, le programme de la semaine au Virgin Cinemas, un multiplexe près de chez moi, c’est : Salle 1, « Harry Potter » ; Salle 2 : « Le Jour d’Après » ; Salle 3 : « Harry Potter »; Salle 4 : « Harry Potter » ; Salle 5 : « Harry Potter » ; Salle 6 : « Le Jour d’Après » ; Salle 7 : « Troie » (le seul film qui me tente, mais j’ai peur de ne rien comprendre car je n’ai pas vu « Un » ni « Deux »), et les 3 autres salles, des films japonais… Alors je me console en louant des films au vidéo-club près de chez moi. Récemment j’ai apprécié « Blood Simple », adoré « The Boondock Saints » (je ne connais pas le titre en français) et aimé « Full Metal Jacket » (oui, je ne l’avais jamais vu…). Enfin, je suis allé au Festival du film français de Yokohama. J’y ai raté Emmanuelle Béart, représentante de charme de notre 7ème art, et n’ai vu qu’un film, un dessin animé très décevant (« le Chien, le Général et les Oiseaux », un titre que vous pouvez vous empresser d’oublier).
A part ça je continue de temps en temps à jouer au « foot » sur un petit terrain vague, à l’abri des déchaînements de l’Euro 2004. Bien que, sans le détester autant qu’avant, je ne m’intéresse pas à ce sport, je suis quand même à peu près au courant puisque le site Internet du Monde ne se prive pas de publier systématiquement en photo à sa Une les derniers résultats du ballon rond. Je vous avoue que pour avoir ceux des élections européennes, ça a été un peu plus difficile… Je ne vais pas non plus cracher dans la soupe, parce que je me souviens quand même d’excellents moments passés au Japon en 1998 devant les 2 derniers matches de l’équipe de France. C’est bien la seule fois que j’ai chanté la Marseillaise de bon cœur. Une autre fois j’aurais bien aimé (victoire surprise de la France dans les derniers instants de la finale l’opposant à l’Italie pour l’Euro 2000), mais j’étais alors au Vietnam, entouré d’autochtones antipathiques, sans doute poussés par de basses raisons gastronomiques à préférer les mangeurs de nouilles à nos chers amateurs de cuisses de grenouilles. Tout ça pour dire qu’à l’étranger, il y a une petite solidarité de fait entre les Français, et qu’à petites doses, c’est parfois bien agréable. Et puis en tant qu’expatrié, on est peut-être encore plus sensible au caractère international de la compétition. Ici, ceux qui regardent l’Euro en direct sont plus que motivés puisque les matches passent entre 3 et 5 heures du matin. Je m’en suis farci un l’autre jour (France-Grèce), à mourir d’ennui. Ca m’apprendra ! Le lendemain, j’organisais une petite fête chez moi mêlant Japonais et Français. J’avais essayé cette fois d’encourager les gens au self-service, de façon à pouvoir moi-même avoir le temps de voir mes invités et discuter un peu avec chacun. Louable intention, mais je n’avais pas prévu que l’ouverture électronique de la porte de l’immeuble, 5 étages plus bas, tomberait en panne juste ce jour-là, et que je devrais jouer les portiers toute la soirée ! A part ça c’était plutôt réussi, sauf qu’il n’est pas facile de prévoir juste côté ravitaillement, et j’ai l’impression d’avoir gagné un concours dont le premier prix est « votre poids en chips », ça encombre légèrement l’appart !
La prochaine fois, je vous raconterai (peut-être) comment c’est la télé japonaise, mais ce soir je suis fatigué.
PS : Ray Charles est mort le 10 juin. C’était la rubrique négrologique. Oui, c’est de l’humour… noir, pas forcément de bon goût, mais lui-même en aurait sûrement ri, si l’on en croit l’histoire peut-être vraie rapportée par Desproges (toujours lui…), qui lui prête ces propos, suite à la question d’une journaliste débutante émue aux larmes par le concert qu’il venait de faire, lui demandant comment il faisait pour exprimer autant de joie depuis les ténèbres où l’enferme sa cécité. « Bof, aurait répondu Ray Charles, faut se faire une raison, ma petite dame, on trouve toujours pire que soi. Moi qui vous parle, j’aurais pu être nègre ».
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