Tuesday, July 19, 2005

Semaine du 12 octobre 2003

Enfin dans mes pénates ! J’ai emménagé le jeudi 16/10. Pour l’instant, je regrette un peu la guesthouse, car côté confort, je n’ai pas encore de frigo, ni de machine à laver, ni de télé. J’ai certes des toilettes et une douche pour moi tout seul… mais je dois les nettoyer moi-même ! Mes bagages étant arrivés hier, l’appart est encore plein de cartons éventrés et de vêtements qui traînent par terre en attendant que je trouve des rangements. Mais difficile de mettre la main sur un meuble digne de ce nom, sans même parler de canapé convertible, le concept du clic-clac n’étant apparemment pas parvenu jusqu’ici. Ceux qui viendront me voir devront donc se contenter de dormir à la traditionnelle : dans un futon ! Par contre, les magasins d’électronique et électroménager ne manquent pas. Hier j’ai dévalisé Don Quijote* et aujourd’hui je suis allé m’acheter un appareil-photo numérique à Akihabara*. Je vais enfin pouvoir vous envoyer des images moins pourries que celles que je prends avec mon téléphone.

J’ai fait la connaissance de ma propriétaire, Onishi-san. Son air sympa, son style un peu bourru et direct, et son rire pas très raffiné me rappellent Osaka… Il faut dire que pour les Tokyoïtes, les gens d’Osaka passent pour des gros ploucs feignants mais bons vivants, dont l’accent rigolo fait forcément pas sérieux. Et inversement, pour les Osakaïtes, les gens de la capitale sont des snobs pressés et froids comme des portes de prison. Ca ne vous rappelle rien ? Personnellement, je n’ai pas constaté cette différence. J’ai trouvé des gens sympas et des têtes de cons dans chaque région. Quand j’ai emménagé à Osaka, j’ai sonné à plusieurs reprises à la porte de mes voisins pour me présenter et leur offrir un petit cadeau. Personne ne m’a jamais ouvert. Ici, nous ne sommes que 2 appartements sur le pallier, et quand j’ai sonné tout à l’heure chez Suzuki-san, le voisin, j’ai fait tout de suite connaissance avec une bonne femme souriante portant dans ses bras un petit chien marrant (j’imagine que c’est parce que son mari ne lui a pas encore fait d’enfant ; dans le cas contraire, ça signifierait que son mari est un lui-même un chien, c’est possible, je ne l’ai pas rencontré).

Alors, dans l’épisode précédent, je vous annonçais une petite description de Roppongi Hills, le shopping-center ultra-moderne qui a ouvert près de chez moi récemment (même si ça n’était alors pas encore chez moi). Voilà donc un petit résumé, qui n’a l’air de rien, mais avant de découvrir tout ça, je me suis perdu pendant des heures parmi les immenses couloirs et innombrables escalators de ce labyrinthe de verre, de béton et de métal, qu’une armée de larbins brique et astique sans relâche, et il faut avouer que ça brille du sol au plafond, en passant par les vitrines et les clientes (ces dernières s’astiquent elles-mêmes sans le secours des larbins… qui pourtant ne diraient pas non !).

Un peu comme à Ginza et Omotesando (qui n’ont désormais plus de secret pour vous), les boutiques de mode hyper luxe se succèdent à Roppongi Hills : Issey Miyake, Christian Lacroix, Versace… Une fois de plus, le Louis Vuitton se fait remarquer, avec une file d’attente d’une centaine de personnes : apparemment, le nombre de clients pouvant visiter le magasin en même temps est limité, et les entrées sont soigneusement régulées par des gardes. Plus loin, une petite cour où se concentrent des bijouteries de prestige : une Place Vendôme miniature. Côté boutiques de luxe, il me reste encore beaucoup à découvir car je me suis arrêté aux portes du Keyakizaka, sorte de grand magasin pour l’image haut de gamme, mais avec un style beaucoup plus moderne.

Roppongi Hills, c’est aussi de la distribution alimentaire, avec un supermarché ouvert 24h/24, qui propose un choix de fromages hors du commun pour le Japon, où jusqu’à présent, et à mon grand désarroi, le claquos bien coulant est encore peu apprécié. Désormais je suis sauvé, il suffit d’y mettre le prix : à 9 € le Cœur de Lion, qu’on le veuille ou non, on prend le temps de savourer pendant que ça reste coincé en travers de la gorge. Roppongi Hills abrite également le plus grand Tsutaya que je connaisse. Tsutaya ? C’est une chaîne de location/vente de CD, DVD et K7 vidéos. En général, leurs boutiques ne sont pas très différentes des vidéo-clubs tels que nous les connaissons (si ce n’est que les films étrangers sont en VO sous-titrée), mais dans celle de Roppongi Hills, la moitié des produits sont destinés à la vente, contre environ 1/10e d’habitude. Au rez-de-chaussée du Tsutaya, on trouve une librairie internationale, avec un Starbuck’s intégré (chaîne américaine de coffee-shops qui a beaucoup de succès au Japon) où, concept révolutionnaire au Japon, on peut même déguster son café en terrasse. Tout ça pour attirer les étrangers, qui constituent la moitié de la clientèle visée par le concepteur de Roppongi Hills. Il ne s’agit donc pas d’un centre commercial ordinaire, mais bel et bien d’une destination touristique ! Conception assez asiatique du tourisme… d’ailleurs on y rencontre beaucoup de riches Chinois, juste retour au vu des milliers de Japonais qui se pressent à Hong-Kong le week-end juste pour y faire du shopping.

Comme vous le savez sans doute, le 17/10 on a eu la visite de Dobeuliou. Ne suivant pas la presse et n’ayant pas encore la télé, je ne sais pas quelles conneries il a pu dire à l’occasion, mais à mon niveau je n’ai pas pu le rater : mon quartier, qui est avant-tout celui des ambassades, était infesté de flics qui s’emmerdent avec ostentation. Ils débarquent de je-ne-sais-où et sont encore plus paumés que moi : ils étaient incapables de m’indiquer le chemin, ce qui est pourtant la principale fonction de la police japonaise en temps normal (avec la circulation). Quelques jours auparavant, je m’étais fait interpeler par un jeune flic, qui devait me trouver suspect (j’attendais un ami en bas de chez moi). Une fois rassuré, il m’a expliqué qu’il avait pour mission de vérifier la sécurité des lieux avant le passage du Président américain. Honnêtement, je ne vois pas comment ce type aurait pu repérer un sniper, qui peut se poster sur n’importe quel building alentours, y compris dans mon appart, il est vrai assez idéal pour préparer un attentat. Mais tout ce qu’on a eu, ce sont les camions noirs ornés du drapeau japonais des fachos locaux, qui beuglaient leurs conneries apprises par cœur sur fond de musique guerrière*. Et ils prétendent perpétuer le bushidô (« La Voie du Samouraï »)…

A propos, je ne sais pas si c’est un hasard ou une nouvelle mode, mais les affiches de cinéma ici font la part belle aux katana (sabres de samouraï), avec pas moins de 6 lames pour les seules affiches de Kill Bill (Tarantino), The Last Samurai (Tom Cruise) et Zatoïchi (Takeshi Kitano). Pour rester dans le ciné, cocorico ! Astérix-Mission Cléopâtre arrive au Japon. L’étude de l’affiche est assez révélatrice de la perception du PAF ici : on ne voit quasiment que Monica Bellucci. Clavier et Depardieu sont relégués en tout petit en bas de l’image où, en plus petit encore, Gérard Darmon et Jamel Debbouze se battent en duel. Quant à Alain Chabat, aucune trace : son nom n’est même pas cité ! Je crois que j’irai quand même le voir, ne serait-ce que pour savoir comment ils ont traduit « Numérobis », « Itinéris » et autres « Amonbofis »…



* description à venir prochainement dans « ils sont fous ces Japonais », rubrique « magasins »

* cf . Tokyo News n°2, semaine du 20 au 26 septembre

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