Tuesday, July 19, 2005

Semaine du 20 septembre 2003

Avis à ceux qui critiquent les fonctionnaires : 1) je m’en fous, je suis PAS fonctionnaire 2) ces derniers jours, j’ai pas chômé ! J’ai pris cette semaine de plein fouet, comme un Shinkansen (la version locale du TGV) en pleine poire. Le choc a été d’autant plus violent que ces cinq derniers mois, la tendance était plutôt à la glandouille…

Tout d’abord, ZE big news : j’ai trouvé mon futur appartement ! Je ne pensais pas que ça se ferait si vite, mais le premier que j’ai visité était le bon. A 10 minutes à pied de la ME, 5ème étage, dans les 50 m2, il est tout simple : à part une buanderie et la salle de bains/toilettes (même pièce, comme dans mon appart d’Osaka), il est composé d’une pièce tatami de 10 m2 et d’une grande pièce en L qui fait cuisine-salle à manger-séjour. La vue est pas mal… pour Tokyo : au sud on peut voir un parc, et à l’est on aperçoit la Tokyo Tower (imaginez le croisement entre une Tour Eiffel sans Trocadéro et la fusée de Tintin dans Objectif Lune). Je signe le bail dimanche (28/09) et le lendemain je passe à la caisse (non, je ne m’achète pas une bagnole, je vais payer mon entrée dans l’appart…), ça va faire mal ! Le système japonais est assez particulier : en plus d’1 ou 2 mois d’avance de loyer, il faut payer une caution « normale » (= 2 autres mois de loyer) + une autre « caution »… non remboursable (encore 2 mois) ! Ils appellent ça la key money mais pour moi c’est du bakchich pur et simple… sauf que c’est légal ! A cela il faut ajouter l’assurance logement, les frais de dératisation (hein, y’a des rats ?! – justement non, vous voyez que ça marche !!) et les frais d’agence, c’est à dire en général 1 mois de loyer. Et encore, l’agence par laquelle je suis passé ne prend « que » la moitié, et a réussi à négocier avec le proprio pour supprimer les « charges de maintenance » (environ 40 euros/mois). Il faut dire que je ne sais toujours pas à quoi ça correspond. Si tout va bien, j’emménage dans 2 semaines… des volontaires pour le déménagement ? ;-)

Trouver si vite un logement a été une chance, car au boulot je suis passé à la vitesse supérieure, disons d’un décollage en douceur la semaine dernière à un Mach 3 qui m’a cloué à ma chaise (à roulettes qui ne couinent pas, je le rappelle). Les dossiers s’accumulent de jour en jour à une vitesse impressionnante et il faut que je m’accroche pour assimiler un maximum de choses en un minimum de temps. Le secteur des biens de conso est très vaste : mode, prêt-à-porter, bijouterie-joaillerie, cosmétiques, parfumerie, arts de la table, habitat, sports, loisirs, culture… en gros c’est tous les produits vendus directement au consommateur, sauf l’agroalimentaire et les biens d’équipement (bagnoles…). Autant de trucs auxquels je ne connais strictement rien en France, et là, il faudrait en plus que je connaisse le marché japonais ! Par contre, les jeux vidéos ne font pas partie des biens de consommation, ce que j’ai appris à mes dépens quand j’ai voulu me rendre à titre professionnel au Tokyo Game Show (le plus important salon du jeu vidéo au Japon et peut-être dans le monde !). La hiérarchie n’a pas trop apprécié… J’oubliais : en plus du reste, je suis censé être responsable du secteur commerce et distribution. Mais le plus chaud c’est sans doute l’aspect management du boulot. Mon prédécesseur, que j’ai rencontré cette semaine, est très critique sur les assistantes du secteur : en clair il les soupçonne de ne pas vouloir en foutre une rame ! Du coup, je commence à me méfier... Difficile, après avoir été leur « ami » quand je travaillais à Osaka, de passer au statut de « supérieur ». Le planning de tout le monde est complètement surchargé, et il faudrait encore trouver le temps de réorganiser le secteur (la délimitation entre les attributions de ma chef et les miennes est encore floue), de planifier notre stratégie pour l’an prochain… mais en fait on ne gère que l’urgence. Pour vous donner un exemple, je suis en ce moment en train de corriger des études de marché qui auraient dû être terminées en juin dernier… Résultat, je fais des heures supp’ à fond les manettes. Horaires officiels : 9h à 18h30 avec une pause d’1h30 pour le déjeuner. Horaires réels : 9h30 (j’arrive à 9h mais je fais du mail :-)) à 21h30 (quelquefois plus tard), avec 1/2h à midi pour manger un bentô (plateau-repas).

Côté santé c’est pas le top : manque d’appétit, mal au cœur et mal au bide, qui traînent déjà depuis 3 semaines (avant mon départ, donc). J’ai les boyaux en folie, mais comme disait Isa, au moins je sais de quoi je vais crever ! Récemment ça va mieux, sauf qu’avant-hier je me suis fait un sérieux mal au dos (juste en courant, comme ça !).

Cela dit, il en faudra plus pour entamer mon moral : l’appart est trouvé, le boulot est intéressant et l’ambiance reste bonne. D’ailleurs, si la semaine j’ai peu de temps pour moi, le week-end je ne me prive pas de sortir : une première soirée samedi (20/09) dans le quartier de Roppongi (c’est là qu’il y a le plus d’étrangers) ; vendredi (26/09), karaoke avec quelques jeunes sympas de la ME, dont ses 2 plus jolies représentantes (bon, faut aimer les Japonaises… ce qui est de moins en moins mon cas !). Et puis j’ai revu plusieurs fois Masa (mon meilleur pote japonais), on est allés dans un très beau resto où Dabeuliou et Koizumi (le premier ministre japonais) ont bouffé ensemble…

Enfin, je me suis fait un autre ami : Kei-chan, surnom affectif que je donne à mon nouveau keitai denwa (téléphone portable en japonais). Il me joue du Mickael Jackson au réveil, j’y note mes rendez-vous, les démarches à faire, des anecdotes sur la vie quotidienne au Japon, j’envoie des e-mails, je vais sur Internet, je fais mumuse avec l’appareil photo intégré (qui peut même prendre des petits films)… et accessoirement, il m’arrive de téléphoner avec ! Euh, on verra la facture le mois prochain…

Pour finir, je vous ai mis de côté quelques brèves Made in Japan :

*Dimanche 21/09, 13h env. : à quelques mètres en contrebas de ma guest house, des orateurs d'extrême droite s'en donnent à cœur-joie devant l'Ambassade de Corée[1]. Depuis leurs camionnettes, ils débitent au haut-parleur leurs discours xénophobes, ponctués par une reprise en cœur de slogans sans ambiguïté : « Dehors les Coréens, cassez-vous du Japon !! ». Pourquoi ce type de démonstration de force n'est-il pas mieux contrôlé, voire réprimé par les autorités japonaises ?

**Il y a eu des changements politiques au Japon récemment : 2 partis d'opposition, le Parti Démocrate (PD) et le Parti Libéral (PL) fusionnent. Est-ce que vous croyez que ça va donner le Parti Libéral-Démocrate (PLD) ? Non, car il existait déjà ! La fusion du PD et du PL va donner, avec une logique toute japonaise, le NPD (Nouveau Parti Démocrate). De là à dire que les politiciens japonais sont tous un peu PD... Les médias prédisent donc une évolution vers un système de bipartisme, peut-être une pâle copie du système américain. D'ailleurs PLD et NPD sont tous les deux des partis de droite, conservateurs, c'est même le moins qu'on puisse dire du PLD, qui est au pouvoir depuis 50 ans (presque) sans discontinuer (ce qui vous donne au passage une idée du fonctionnement de la démocratie au Japon). Tu parles d'une alternative...

***La marque des sanitaires à la ME s’appelle « CeFion ». Ca ne s’invente pas.



[1] pour info, les Coréens sont souvent rendus responsables, avec les Chinois, de la montée de la criminalité au Japon ; ils sont victimes de discriminations au quotidien, par exemple, ils n’ont pas droit à la nationalité japonaise, même s’ils sont nés au Japon.

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