Pour commencer, une bonne nouvelle, surtout pour ceux qui ont raté les épisodes précédents : Tokyo News devrait bientôt être disponible en ligne. Non, je n’ai pas pris le temps de faire un site Internet, mais Olivier (le malotru qui s’est permis d’écrire à toute la liste de Tokyo News avec sa remarque sur le « weblog », déclenchant une avalanche de mails collectifs bien indépendants de ma volonté) m’a gentiment proposé de créer un espace d’hébergement pour moi (en fait c’est une habitude pour lui de m’héberger, vu que c’est déjà chez lui que je squatte à chaque fois que je vais à Paris…). Et comme ça, tout le monde saura ce qu’est un weblog. Avec un peu de chance, je devrais même pouvoir y mettre des photos. A propos, pour ceux qui ont eu des problèmes à ouvrir le plan powerpoint de mon appartement, je signale qu’il y en a au moins une qui a réussi (sans donner de nom, son copain bosse dans l’informatique, je ne sais pas si ça a joué).
Pour alimenter mon futur « blog » (ce qui doit être, j’imagine, le petit nom du weblog), reste pour moi à tenir le rythme en continuant à vous raconter l’histoire de ma petite vie dans une grande ville. Quant à aujourd’hui, je reprends l’ordre désormais classique de mes préoccupations : boulot, appart, sorties. On ne change pas une équipe qui gagne.
Le boulot est déjà devenu la routine, une sorte de marmelade pas fraîche de tâches et de responsabilités dont la diversité fait le charme du métier mais en dillue le sens. Les semaines passent très vite, et je n’ai déjà plus l’impression d’apprendre grand chose. Je ne suis pas à l’aise pour autant, n’arrivant pas à prendre le temps de lire le journal, à m’intéresser à tel ou tel aspect du boulot, à y voir une finalité ou une justification quelconque. Pas même 2 mois que je suis là, et déjà je sais que je n’ai pas envie de poursuivre dans cette voie toute ma vie. J’espère juste que ce sera l’occasion de prendre et d’apprendre.
Cette semaine je suis un peu sorti du bureau pour faire du « terrain ». Mercredi (29/11), j’ai visité une exposition d’accessoires de mode français, et jeudi, le salon international de la lunetterie. Les entreprises françaises que j’ai rencontrées à ces occasions sont des petites structures gérées par des créateurs, c’est à dire des gens qui arrivent à lier le sens artistique à celui du commerce. Les caractères sont très différents d’une personne à l’autre, mais ils sont tous plus ou moins excentriques… Et puis je leur présente la ME comme un service pour les aider, mais ils ont bien plus à m’apprendre que l’inverse. Tout ça fait que je ne suis vraiment pas à l’aise pour les interviewer, je ne sais pas si j’arriverai à m’y habituer. Anecdote : l’une des sociétés que j’ai rencontrées a employé ma sœur il y a quelque temps en stage à Marseille ! C’était notre série « le monde est petit » (pour l’occasion j’ai appris l’expression équivalente en japonais : seken wa semai. c’était notre série « on s’en fout »).
Côté relations sociales, le boulot n’est décidément pas l’idéal. C’est très difficile de gérer les relations hiérarchiques quand on est à la fois pas en haut et plus vraiment en bas. Certains préfèrent le « tu », d’autres le « vous », sans que l’un ou l’autre soit pour autant une bonne indication des familiarités qu’on peut se permettre avec ces gens-là. Ceux qui ont l’abord le plus facile ne sont pas forcément ceux avec qui j’ai le plus d’affinités. J’aimerais passer plus de temps à connaître les gens, mais il faut faire des choix… qui risquent de ne pas être les bons. Du coup je reste dans mon coin au risque de me fermer des portes. Par exemple, je n’arrive pas du tout à tracer la limite entre les gens que je peux inviter à ma crémaillère et les autres, alors je crois que finalement je ne vais inviter personne du boulot. C’est pourtant dommage…
Mon appartement commence à ressembler à quelque chose (surtout depuis que j’ai rangé), je m’y sens bien (surtout depuis que je me suis acheté des pantoufles), vraiment chez moi (surtout depuis que j’ai mis des rideaux). J’y cuisine ma petite bouffe, fais ma moyenne lessive, gratouille ma grande guitare. Le frigo est un peu mieux garni, notamment depuis ma dernière visite au Nisshin Delicatessen, un supermarché qui propose un grand choix de produits, notamment étrangers. Mais bon sang qu’est ce que c’est cher ! Pour 1 pot de sauce tomate, 2 carrés de chocolat et 3 cacahuètes, ça m’a coûté 5700 yens (45 euros). J’exagère, mais à peine.
N’ayant toujours pas de meubles, j’en ai un peu ras-le-bol de manger sur mon parquet-table et de ranger mes bouquins sur ma moquette-étagère. Je n’ai pas réussi à trouver un canapé à mon goût, mais aujourd’hui (3/11) j’ai commandé un bureau, quelques étagères et quelques bricoles chez Muji. Le concept (Muji signifie littéralement : « sans marque ») est de proposer des articles pour la maison (meubles, vaisselle, rideaux, luminaires, mais aussi papeterie[1], bouffe…) au design très épuré et à un rapport qualité/prix imbattable. Les magasins Muji sont spacieux et lumineux, sobres et classes, avec beaucoup de produits en bois et en aluminium. Le personnel est serviable et rapide, aimable et efficace. Ils livrent à domicile, avec paiement possible à la réception, et en cas de problème ils reprennent les marchandises sans poser de questions. Pas d’ambiance bordélique comme chez les discounters classiques, où habituellement le client est accablé par les rayonnages surchargés de marchandises et les slogans criards diffusés au mégaphone. Chez Muji, la musique de fond c’est de la chanson française ! (leurs gros tubes du moment : « La plus belle des javas », « Jeanne et Martin »…)
Côté sorties, je me suis enfin un peu bougé ce weekend : vendredi (1/11) soirée Halloween chez un copain (faute de collant rouge moule-burnes, j’ai abandonné l’idée de Belzébuth pour me déguiser en samourai sans sabre ; le plus dur étant de trouver des cheveux pour mettre sur les côtés du crâne, d’ailleurs j’en ai pas trouvé), samedi cinéma (Zatoichi, le dernier film de Takeshi Kitano ; excellent, sauf pour ceux qui craignent de voir des Japonais découpés en petits morceaux) et dimanche mon pote Masa m’a emmené au champ de courses pour le grand prix impérial (d’ailleurs remporté par un jockey Français, Olivier Perrier, véritable star au Japon ; au passage, je l’avais rencontré chez un ami à Kobe). On a fait des petits paris, mais malgré un épluchage méticuleux de la presse locale spécialisée, je n’ai pas eu la chance du débutant. La prochaine fois je demanderai directement à Guy Marchand ou Omar Shariff. Masa, par contre, était en veine, et a gagné plus de 40 fois sa mise ! Dommage qu’il n’ait parié que 100 yens (moins d’1 euro). Ca nous a à peine remboursé le voyage et la bouffe sur place, surtout que là-bas les commerçants hippiquent notre argent. Mais on s’est bien amusés. On s’est ensuite baladés dans le quartier jeune et branché de Shinjuku, et autour d’un café on a poursuivi pendant quelques heures une de ces bonnes conversations amicales qui me manquent tant depuis que je vous ai quittés… (c’était notre série « versons une larme »)
La semaine qui vient, je devrais reprendre le kempo (j’ai trouvé un dôjô pas loin de la ME) et les cours de japonais. Comme tout ça se passe le soir, ça va m’obliger à ne pas faire d’heures supp’. Je saurai bientôt si c’est possible !
[1] d'après le dictionnaire de Word, papeterie s’écrit sans accent mais avec un seul « t », c’est à se demander pourquoi on prononce « papèteuri » et non pas « papeuteuri », ça m’énerve, c’est le genre de truc qui m’empêche de dormir
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