Tuesday, July 19, 2005

TN juillet 2004 - part II

TN Juillet 2004 – part II

Bon la dernière fois c’était tout plein de jérémiades léthargiques, alors pour cette édition, on va faire un peu plus gai (je vous vois venir : non, je n’ai pas viré ma cuti !). Car voilà, il faut que le monde entier le sache : j’ai passé un excellent weekend la semaine dernière à Osaka. Dans l’épisode précédent (voir épisode précédent) il était question d’accompagner Masa à Osaka pour lui présenter Sachiyo, une copine de Motomi, elle-même une bonne amie qui m’a été présentée par Isabelle (je vous demande de faire un effort pour suivre, car il y a plein de personnages maintenant, un peu comme le roman que je ne finis plus de ne plus finir, et qui s’intitule, je le rappelle, « La Parfaite Lumière », ou en V.O. « Musashi » (dans la colle), et où l’on découvre désormais contre toute vraisemblance que le nouveau disciple du héros rencontre par « hasard » son ex-disciple, qui est en fait le frère de l’amoureuse du héros – on savait même pas qu’elle avait un frère – qui vient du même village que le maître, le traître, sa mère-menteuse et leur moine-mentor). Masa, qui était tombé amoureux d’une « Satchan » (son petit nom !) en 2 dimensions, allait la rencontrer en chair et – sans vouloir être médisant, surtout – en os. Ca me faisait plaisir de donner à Masa cette occasion (je veux dire : cette opportunité, car je ne sais pas si Satchan a déjà servi), mais honnêtement je ne croyais guère à ses chances de succès. Motomi n’y croyait guère. Il n’y croyait guère. Eh bien, finalement ils se sont remarquablement bien entendus, ne se quittant pas de la journée, tchatchant et rigolant sans arrêt. C’était à peine si , lorsque Motomi et moi leur adressions la parole, ils nous prêtaient une attention polie. Depuis, ils s’écrivent tous les jours et se sont promis de se revoir bientôt (je vous tiendrai au courant !).

Le samedi, nous sommes allés faire une balade à Odai-Gahara. C’est une montagne située dans la préfecture de Nara, à 3 heures de voiture au sud-est d'Osaka, qui propose un charmant parcours au-dessus de vallées encaissées d’où s’étirent d’épaisses nappes de brouillard qui donnent au décor un aspect fantasmagorique. On y traverse une étrange forêt grise d’arbres morts, au pied desquels pousse un tapis d’herbe jeune, broutée par un grand nombre de bambis sauvages que l’on peut observer d’assez près. L’histoire de ce paysage insolite remonte à une quarantaine d’années, lorsqu’un typhon d’une extrême violence s’est abattu sur cette montagne, déracinant et dévitalisant une grande partie de la forêt. Il faut dire qu’il tombe en moyenne sur le mont Odai-Gahara quasiment le double du reste de la région. D’ailleurs, malgré les prévisions météo optimistes, nous avons essuyé (tant bien que mal : on n’avait pas d’éponge assez grosse) un énorme orage, pas très long mais dilluvien, nous faisant courir à la recherche d’un abri (qu’ils ne trouvèrent jamais) sur des sentiers caillouteux transformés en rivières peuplées de gros crapauds verts ou rouges. Sur le retour, bringuebalés par les virages de montagne, saoûlés par la voix de Carla Bruni dont le CD jouait en boucle dans l’auto-radio, un peu ivres de fatigue aussi, nous avions terriblement envie d’un bon bain chaud et délassant dans un onsen.

Yoshino, à mi-chemin entre Odai-Gahara et Osaka, est un charmant petit village de montagne, classé parmi les sites sacrés du patrimoine mondial de l’Unesco et connu pour ses cerisiers innombrables et majestueux, qui attirent à la floraison du début avril des hordes compactes d’amateurs de déjeuners sur les pétales roses et blancs, non sans les avoir au préalable recouverts de bâches bleues en prévision des taches de bière dont les abondants flots mousseux ne manquent pas d’accompagner ces agappes. L’été, Yoshino est moins rose, mais en principe aussi moins jaune de monde. Une fois sur place pourtant, surprise : nous tombons juste le jour d’une fête locale. Dans les rues du village garnies de bougies, pas de foule toutefois, mais des groupes nonchalants de badauds en kimono, qui butinent les magasins de souvenirs de bon goût (assez rare !) en se dirigeant vers le sanctuaire principal où se déroule, à ciel ouvert, sous la Lune, un concert de piano-jazz. Un paysage dont le romantisme n’a pas échappé à nos deux tourtereaux ! Comme beaucoup de onsen, celui où nous nous sommes attardés faisait également auberge. Il était assez grand, rappelant un peu, pour ceux qui ont vu « Le Voyage de Chihiro », l’établissement de bains tenu par la sorcière. Aujourd’hui encore, je me demande si les fentes judicieusement placées dans la palissade séparant les bains pour hommes de ceux des femmes étaient volontaires, mais cela rajoutait assurément au lieu un certain charme…Telles étaient mes réflexions alors qu’au sortir du bain, chaussé de geta (les sandales japonaises), je sirotais une bière locale (je donne aussi très bien le « la »…) en contemplant paisiblement de fascinantes sculptures de glace, avec en fond sonore les feux d’artifice qui résonnaient depuis une vallée proche.

En revenant à Osaka, nous avons quitté Sachiyo devant chez elle, qui devait travailler tôt le lendemain dimanche. Puis, Motomi ayant la flemme de préparer à manger (il était plus de onze heures du soir), nous sommes allés dévorer d’énormes bols de « ramen » et platées de « gyoza » (nouilles et raviolis chinois) dans un bon restaurant, avant de nous effondrer de fatigue, la panse au bord d’exploser, dans les futons que Motomi avait préparés pour nous dans sa chambre d'amis. C’est déjà la troisième fois que je suis hébergé chez elle, et à chaque fois nous sommes très bien accueillis, notamment par sa mère (qui m’adore) et qui cette fois avait encore plus la pêche, toujours sous le charme d’un voyage à Paris et à Florence au printemps dernier.

Le lendemain, nous réussissons l’exploit de se lever assez tôt pour partir sur l'Ile d'Awaji (à 2 heures de route d’Osaka, entre Kobe et Shikoku), en pensant y trouver une belle plage pour profiter de la mer. On accède à Awaji par le Akashi-Ohashi, l’un des ponts suspendus les plus grands au monde (et sûrement l’un des plus chers). Après avoir demandé conseil à quelques autochtones, nous avons bien trouvé une plage, mais assez décevante : un sable épais, rugueux, jonché de détritus divers et d’algues envahissantes, une mer trouble et sans autres vagues que celles provoquées par la valse incessante des scooters des mers, un fond piégé (Motomi s’est bien écorchée sur les rochers), et même une grosse méduse échouée. Masa et Motomi n’étant déjà pas très fans des bords de mer, nous n’avons pas tardé à plier bagage, non sans avoir subi au préalable de sévères morsures du soleil (une semaine plus tard, mon teint écrevisse a commencé à s’estomper). Nous avons repris la voiture pour visiter l'intérieur de l'île, ce qui nous a permis de découvrir la campagne japonaise, et des temples déserts perdus dans les hauteurs au bout de routes défoncées, bien loin de la populace habituelle.

Pendant tout ce temps, c'était moi qui conduisais. Motomi a en effet accepté de me laisser le volant de sa voiture, un bon outil pour mon baptême du feu, avec son moteur poussif et sans reprise, ses inombrables bugnes, ses poignées de porte qui restent dans la main et son rétroviseur qui se dérègle au premier cahot. Au début, ça fait bizarre de conduire une automatique, mais ça permet de mobiliser son attention ailleurs que sur le levier de vitesse qui, placé de l'autre côté (puisque le volant est à droite), ne sert que pour la marche arrière et le frein moteur. La route est elle aussi inversée (on roule à gauche), d’où je déduis qu’en l’absence de signalisation la priorité doit être à gauche, bien que Motomi et Masa aient été incapables de me le confirmer (je crois qu’ils ne se sont jamais posé la question…). Heureusement, les Japonais sont rarement de gros nerveux en voiture et se montrent incomparablement plus indulgents que nous avec les autres automobilistes. J’ai assez rapidement appris qu’à l’instar de la plupart des règles de vie japonaises, qu’on dit terriblement codifiées, les limitations de vitesse ne sont que de pure forme, et il n’est pas nécessaire de les respecter tant qu’on ne dérange personne. Le plus dur est en fait la circulation en ville et la signalisation, épouvantablement mal faite. Déjà, les feux sont de l’autre côté du carrefour. Quant à l’autoroute, les panneaux indiquant les différentes directions et sorties sont placés au dernier moment, ce qui nécessite, si on ne connaît pas la route, d’avoir un bon copilote (et Motomi est aussi peu douée en pilotage qu’en co-pilotage, cf. TN de janvier). Ce problème devrait se résoudre peu à peu avec l’installation en série de systèmes de navigation par satellite sur la plupart des nouveaux modèles de voitures, mais celle de Motomi, vous l’aurez compris, n’est pas de toute première jeunesse.

Après des adieux très émotionnants à Motomi, Masa et moi sommes rentrés dimanche soir en Shinkansen, bien crevés mais comblés (et lui encore plus!), roupillant sur tout le trajet avec un sourire béat d’une oreille à l’autre (et le filet de bave qui va avec). Malheureusement, étant parti au dernier moment le vendredi soir juste après le boulot, en mode « panique » pour attraper mon train, j’avais évidemment oublié mon appareil-photo. Mais Motomi devrait m’envoyer quelques clichés, à paraître bientôt sur le blog, j’espère !

C’était la semaine dernière, déjà… Là, je viens de passer un autre weekend assez sympathique, bien que beaucoup plus reposant. L’événement majeur se tenait hier soir, alors que je recevais chez moi quelques amis pour une soirée « Okonomiyaki » (sorte d’omelette japonaise originaire d’Osaka, cf. photo). Y participaient surtout des Japonais, plus un copain français et une amie coréenne. Dans une ambiance bon enfant et sans prétention, on a préparé la bouffe, mangé, bu, papoté-bavardé, joué aux fléchettes et à « Daruma-san ga koronda » (1, 2, 3, Soleil version nippone), et chanté (avec un Ai wo kudasai ! désormais classique mais endiablé, ainsi qu’une improvisation très approximative mais délirante sur Oh Champs Elysées). Aujourd’hui dimanche, j’ai traîné en caleçon dans l’appartement, partageant mon temps entre lessive, repassage, vaisselle, ménage et dégraissage (ce n’était d’ailleurs pas du luxe…), lectures et… écriture.

Côté cinéma, parmi quelques vidéos louées récemment j’ai fait la découverte d’une petite merveille : « Raising Arizona », des frères Coen, avec Nicolas Cage, Holly Hunter et John Goodman, entre autres. Une comédie loufoque qui arrive à faire rire avec un histoire remarquablement triste…

Côté actualité, j’ai essayé de faire des efforts récemment pour m’intéresser un peu à ce qui se passe ailleurs que dans ma petite vie, notamment dans des régions qui n’ont jamais cessé d’être en guerre mais qui captent à nouveau l’attention du monde du fait d’une situation plus dramatique encore que d’habitude : pour l’Afghanistan, il aura fallu le retrait de Médecins Sans Frontières, dont les personnels se font tirer comme des lapins malgré (à cause de ?) la présence massive des soldats américains ; pour le Darfour, il aura fallu sonner l’alarme d’une énorme crise humanitaire, apparemment orchestrée par un pouvoir s’amusant à exacerber des divisions ethniques qui avant ne posaient problème à personne. Et sans vouloir vous miner le moral, je me demande ce qui se passe en Tchétchénie… En France le degré est moindre dans l’horreur, mais ça donne quand même bien la nausée quand on parle d’amnistie fiscale pour les fraudeurs riches. Et ça lobbyise à mort pour faire passer l’idée que l’impôt de solidarité sur la fortune –créé pour financer le RMI– est un frein au retour des capitaux et donc à la croissance et donc à l’emploi. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison… mais le principe a de quoi faire vomir (pas étonnant quand on suit un exemple donné par Berlusconi). Ca veut dire : oui, bon, OK, les plus riches d’entre nous ne sont pas plus solidaires que les autres, mais dans notre société ils sont bien plus utiles, alors ils méritent d’être au-dessus des lois… Si ça se trouve, Sarkozy va encore arriver à faire passer ça comme une réforme positive, de celles qui nous mènent vers un monde meilleur ! D’ailleurs Sarko, encore et toujours, est partout, et notamment à la Une du Monde, très régulièrement. C’est à se demander si le titre de leur article « Et Nicolas devint le Père Noël », actuellement sur leur site Internet, n’aurait pas un double sens…

Bon, je m’apprête à quitter le monde du weekend pour retrouver dans moins de douze heures celui du boulot, qui devrait tout de même être agrémenté cette semaine de mon désormais rituel cours de japonais (ces deux heures hebdomadaires sont quasiment devenues une drogue) et je l’espère d’une soirée avec quelques copains français que je n’ai pas pu voir récemment. A part ça, plus que 1 mois et 10 jours… Je ne dirai pas que ça passe vite, mais si tous les weekends sont aussi sympathiques, ça devrait être plus que supportable ! Au milieu, il suffit de tenir en apnée, et tout compte fait c’est loin d’être si terrible. Pour être honnête, je crois même qu’il y en a plus d’un qui se damneraient pour être à ma place. Et puis, au vu de certains messages compatissants que je reçois, je tiens à dire que le moral, ça va ! C’est juste que parfois il m’arrive d’être mélancolique frénétique… Au passage, vous aurez sûrement remarqué que la bière tient une place récurrente dans ces chroniques, mais n’allez pas croire que je tente de génocider mon chagrin par l’alcool : ce dernier est réservé aux occasions heureuses. Et puis c’est un moyen de survie quasi-indispensable en ces temps de grosse chaleur… toujours avec modération, bien sûr ! Quoiqu’il en soit, je vous souhaite à tous un très bon été et, où que vous soyez, d’avoir la tête en vacances…

No comments: