Tuesday, July 19, 2005

Semaine du 4 octobre 2003

Dans l’épisode précédent, j’avais visité Ginza. Ce samedi (4/10), je me suis rendu à Omotesando. Vous avez peut-être vu, dans des reportages sur le Japon, ces jeunes habillés de façon pour le moins excentrique, et souvent assez « gothique ». Eh bien c’est juste à côté, dans le quartier de Harajuku, devant l’entrée du parc Yoyogi, à la station de métro Meiji-jingu-mae. Autant de noms qui ne vous évoquent sûrement rien (sauf Isa et Max, et encore, s’ils se souviennent y être passés), mais je n’ai pas voulu vous priver d'une petite touche d’exotisme !

Omotesando est l’autre quartier de la mode. Plus jeune et plus branché que Ginza, le début de la rue (quand on part de Harajuku) est dédié à des enseignes de style « cool-décontracté », ce qui ne veut pas dire bon marché : Puma, J.Crew’s, GAP, Benetton, plus quelques boutiques de jeunes designers locaux. Puis, plus on descend la rue en se dirigeant vers la station de métro Omotesando, plus les boutiques deviennent chic. Les noms ne vous surprendront pas beaucoup : Chanel, Yves Saint-Laurent Rive Gauche, Gucci, Boucheron, Chaumet, Armani, etc. Inévitable : le Louis Vuitton, peuplé d’un tiers de vendeurs, un tiers de clients… et un tiers de gardiens avec oreillette qui les surveillent ! LVMH détient en fait un gros morceau de la rue, puisqu’au niveau du plus gros carrefour vient d’ouvrir « One Omotesando », un complexe ultra-luxueux où le groupe possède des bureaux et plusieurs boutiques phares pour ses marques Céline, Loewe, Fendi, etc. Et ces boutiques ne désemplissent pas : le Japon en crise, où ça ?

Même si c’est très intéressant, je suis ressorti de là un peu écoeuré par tous les zéros sur les étiquettes (surtout que ces articles, déjà luxueux, sont vendus jusqu’à 40% plus chers qu’en France) et la légère impression que la consommation ici atteint des proportions indécentes. Tellement d’efforts et de fric sont investis dans des stratégies commerciales dont le seul but est de récupérer l’énorme manne qui coule des portefeuilles nippons… Car les Japonais ont de l’argent à ne pas savoir qu’en faire. Alors ils consomment : du luxe, des voyages… et ils épargnent, beaucoup (la dette américaine est financée en très grande partie par le Japon). Du coup, c’est le paradis de la consommation décomplexée, où on achète cher des fringues à la mode justement parce qu’elles sont chères. Plus encore qu’ailleurs, les marques sont très importantes. Et je ne connais pas beaucoup de Japonais qui arrivent à avoir un jugement critique sur ceux qui suivent aveuglément la mode, comme dans notre temps on se moquait des « payous » qui mettaient des Nike Air™ et un Bomber’s™ pour ne pas prendre froid sur leur Booster™.

Mais c’est un fait : il existe encore peu de Japonais très pauvres, et pas beaucoup de très riches. Ils veulent tous donner l’impression d’appartenir à une classe moyenne (même si c’est de moins en moins vrai), qui est de toute façon plus aisée que le Français moyen. Deuxième fait (faut-il y voir un lien de cause à effet ?) : les Japonais sont heureux de vivre ! (plus que les autres habitants de la plantète, d’après les sondages) Oui, certains travaillent beaucoup, mais ils savent aussi s’amuser…

Et puis – miracle de la transition – ils ne sont pas les seuls à travailler beaucoup : moi aussi (mais je sens que ça ne va pas durer) ! La semaine dernière je m’en étais sorti en établissant tous les jours un planning précis des tâches à effectuer, et en faisant chaque soir le bilan de la journée : du sérieux… sauf que cette semaine, mon planning a carrément explosé ! Je me rends compte de plus en plus que ma chef directe est très paumée et ne prend pas en charge grand chose, ou alors je ne sais pas ce qu’elle fait. En tous cas la communication n’est pas son fort ! Je me retrouve donc à récupérer en cours de route des dossiers où je n’étais pas impliqué au début. Exemple : jeudi matin (7/10), j’ai remplacé ma chef au pied-levé à un rendez-vous avec le bigboss de LVMH Japon. C’était vraiment passionnant (on a parlé contrefaçon, importations parallèles, projets de développement de LVMH, etc.), mais pendant l’entretien j’étais hyper mal, car je ne connaissais rien du dossier. En même temps, c’est la première fois que j’ai véritablement l’impression de travailler sur du concret, et j’ai appris plus sur les biens de consommation en 2h d’entretien qu’en 2 ans passés dans le secteur à Osaka…

J’ai donc très peu de temps à côté du boulot, mais ma vie sociale n’est pas complètement morte pour autant. Samedi, après ma visite d’Omotesando, j’ai retrouvé Takako, une amie japonaise rencontrée à Lyon, et nous sommes allés manger dans un restaurant chinois avec 2 de ses amies. Je me trouvais donc en fort galante compagnie… Et puis mardi (7/10) j’étais invité à manger chez Erwan, un jeune chef de secteur de la ME. Lui, sa femme et son chat habitent une grande maison de la proche banlieue de Tokyo (parce qu’à Tokyo, il y a le centre, les abords du centre, les abords extérieurs du centre – où j’habite maintenant –, la banlieue proche, la banlieue moins proche, la banlieue éloignée – où j’habitais quand j’étais étudiant –, la banlieue carrément éloignée, et après c’est la ville suivante : Yokohama au sud-ouest, Chiba à l’est). Erwan et sa femme sont très sympas (leur chat, moins), ils sont arrivés récemment et connaissent un peu les mêmes problèmes d’adaptation qu’Isa et moi lors de nos débuts à Osaka.

Et puis jeudi soir (9/10) j’étais de corvée pour assister à une exposition de joaillerie à « La Résidence » (=l’Ambassade de France). En principe, ce genre de soirée est un bon prétexte pour se gaver de petits fours, fromages et desserts, le tout arrosé de vins raffinés. Mais là j’étais en « mission », sous la surveillance directe de ma boss pour essayer de comprendre de quoi il s’agissait, puisqu’on était invités mais pas du tout informés. Finalement j’ai récupéré quelques cartes de visite et blagué un peu avec des importateurs de produits français. Je ne suis pas encore à l’aise dans ce genre de cocktails, mais ça ne me paraît plus aussi absurde qu’avant. Quoique plus tard, alors qu’il ne restait plus grand monde et que moi-même j’allais partir, je me suis fait coincer dans une conversation entre le bijoutier vedette de la soirée et la femme de l’Ambassadeur (je ne vous dis même pas le nom, mais c’est des nobles !). Ca parlait de de protocole, d’intendants (=larbins de l’Ambassade), de la famille impériale japonaise, que ces messieurs-dames côtoient régulièrement, etc. D’accord, ces gens-là vivent dans un monde assez éloigné de la réalité, mais ça change des soirées « pizza-console »…

Pour finir (eh oui déjà), j’empiète sur le weekend suivant : samedi soir dernier (11/10), je suis allé voir seul – eh oui, je n’ai pas d’amis ! – un film (« La Ligue des Gentlemen Extraordinaires ») au « Virgin Cinemas », un multiplexe tout proche de chez moi. Le cinéma au Japon était jusqu’à maintenant un loisir rare pour moi car c’est assez cher (entre 13 et 15 euros la place), mais cela en vaut la peine, car ils passent beaucoup de films étrangers (hollywoodiens bien sûr) et on a à la fois le plaisir de la VO, le confort des salles modernes, avec un public de spectateurs qui savent se tenir, et – paraît-il – le meilleur popcorn du monde. Ce mutliplexe fait partie de Roppongi Hills, un ensemble immense et ultra-moderne de loisirs et shopping (vous savez maintenant que les deux choses sont difficilement dissociables au Japon), qui vient tout juste d’ouvrir cet été. Vous en saurez bientôt un peu plus, puisque Roppongi Hills était mon troisième lieu d’étude de la consommation japonaise…

Dernière nouvelle : je me suis acheté un vélo ! (et déjà pris un gadin avec…)

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