Sunday, January 29, 2006
Confidences de salon
Saturday, January 28, 2006
TN 2006
(en photo : le marché de L'Isle-sur-la-Sorgue - cliquez dessus pour agrandir!)Et walla, walla, nouvelle année, une bonne résolution : un nouveau Tokyo News.
Qui débarque sans prévenir. Pourquoi maintenant et pas avant ? ou plus tard, ou jamais ? Ce sont des très mauvaises questions, je ne me remercie pas de me les être posées. Sans doute que j'attendais l'inspiration, et j'ai fini par me lasser. C'est toujours la même question au moment de s'atteler à la tâche : par quoi commencer ? C'était déjà terrible avant, devant les copies d'examen, m'enfin au moins il y avait une limite au temps imparti, à la quantité d'encre, au papier bien délimité avec ses carreaux et sa marge. Mais là, devant cette page virtuellement infinie, ces millions de pixels blancs, je vous dis pas l'angoisse. Alors rien à faire, il faut se lancer, laborieusement d'abord, puis de même que l'appétit vient en mangeant, que l'anémie vient en mangeant pas, que l'appéritif revient en rotant, que la petite vient en pleurant, l'"a" petit revient quand on désactive la touche "majuscules", que l'Amérique viendra en Iran, que l'amnistie vient en pardonnant, que l'amnésie vient en... euh, en quoi faisant, déjà ? que la bêtise vient trop souvent, et l'à-peu-près vient aux feignants, l'inspiration, elle, vient au tournant. En plus ce coup-ci c'est facile, il me suffit de commencer par vous souhaiter tout plein de bonnes choses pour 2006. Je crois que je ne vais plus écrire qu'une fois par an. Donc voilà, je vous souhaite, et de tout coeur, une magnirificobolante année à tous, je vous souhaite d'avoir plein de projets heureux et de vous donner les moyens de les atteindre et de recevoir le petit coup de pouce, de pied ou de cul, qui pousse au train quand on traîne les pieds.
Mon année à moi a commencé sous de belles étoiles. Celles du ciel pur et glacial de Provence, vitrifié par le Mistral qui gagne, rince la nuit et la fige dans un marbre polaire, au dessus de la terre bleutée de pleine lune pâle. A Lagnes, la baraque des parents est magnifique, enfin complète. Bien bourge et décorée avec bon goût. Le jour de l'an c'était le ski où qu'on s'caille, le chalet chaleureux, et le resto de montagne où qu'on s'éclate la rate à la raclette. Bref, la récidive de l'an dernier, avec quelques absents et des nouvelles têtes : Miss Fantastic (la femme invisible, qu'on a pu voir parce qu'elle était en vacances) et les jumelles (la rouge et la blanche). Mes autres souvenirs de ce séjour français sont noyés de festins hospitaliers : la fondue savoyarde chez les tailladés, le couscous chez les autres tailladés, la galette chez les cousins, le chili de l'anniv de Nini. Sans compter les restos, pas en reste, et le reste justement c'était tournée de la famille. Le dernier jour, visite au marché de l'Isle sur la Sorgue pour rapporter en souvenir des bouts de Provence à caler dans ma valise. Une fois encore, toutes mes confuses à ceux que je n'ai pas eu (ou pris) le temps de voir : Mehdi t'es toujours à Martigues ? Benjy, Bordeaux c'est pas tout près non plus faut dire, Cyril et Glad on est pas passés loin cette fois...
J'ai repris le taf mercredi. Comme je rentrais après tout le monde, il fallait raccrocher le train en marche mais l'activité est, disons, raisonnable. Il y a du neuf dans mon équipe : Nicolas, notre volontaire international / veilleur stratégique, après 2 ans à la ME (il était arrivé peu après moi), vient d'être remplacé par un autre jeune, Benoît. Première impression plutôt bonne. En plus de ça, on vient de prendre un stagiaire, qu'il va falloir gérer pendant 3 mois, mais il a l'air assez débrouillard. Sinon les 3 assistantes, Akiko, Asako, et Yoko, alias mes chères Charlie's Angels, sont toujours fidèles au poste. Je suis plein de bonnes résolutions à leur égard, alors j'espère que cette année se passera encore mieux que l'an dernier. Quant à ma boss Sylvie, son départ est prévu en avril, je devrais la remplacer au moins provisoirement jusqu'en septembre. Vous aussi, vous aimeriez bien savoir ce qui se passera après ?
La vie au Japon n'étant pas seulement synonyme de boulot -dans mon cas du moins, parce qu'il y a des énergumènes par ici... - je vais aussi pouvoir reprendre des activités sympas : taekwondo, foot sale (mini-football à 5 contre 5) avec Masa et ses collègues de bureau, cours de japonais avec ma prof/amie Kako, enseignement du français à sa fille (si ça continue je vais devenir ami avec toute la famille, il manque plus qu'ils me présentent la grand'mère, paraît-il "la plus mignonne mémé du monde"), et, avec un peu de motivation, tarot avec les copains. Enfin, ne boudons pas les plaisirs simples : en ces temps de frisquette, j'ai découvert le bonheur de se poser dans un café avec un bon bouquin, histoire de se réchauffer les extrémités (je vous en prie...), y compris le bout de la langue qu'on se brûle délicieusement en sirotant son "caramel macchiato" ou en lapant son "caffè (sic) latte". Un vrai remède au spleen, il suffit de se laisser couler dans l'ambiance feutrée par la buée sur les vitres, les boiseries dorées et les volutes du café (si seulement ça avait le goût de son odeur!). Quand on refait surface et qu'on lève le nez de son bouquin, y a de quoi se distraire rien qu'à regarder les gens vivre : jeunes femmes qui gloussent en se repoudrant leur petit bout de nez, lycéens gouailleurs et débraillés, hommes d'affaires somnolents, couples muets enamourés, songeurs ou absorbés chacun par leur téléphone portable. Personne ne s'engueule, on ne sent aucune tension. Si la folie pointe parfois, elle est douce. Aucune agressivité nulle part, même pas -surtout pas- de la part des employés. Le service est invariablement aimable, rapide, efficace et discret. Avec la petite phrase qui fait plaisir : "prenez votre temps". Souverain. J'en ai fait 3 rien qu'aujourd'hui.
Côté lisage (ou lecturation), récemment 3 bouquins qui se lisent bien :
Côté visionnage, j'ai essayé de profiter du cinoche, comme à chaque retour en France. Lord of War (avec Nicholas Cage) était bien décapant. L'histoire d'un marchand d'armes prétexte d'un docu-fiction édifiant sur ce trafic qui ne connaît pas la crise. Plusieurs de mes potes ne l'ont pas trouvé assez cynique... c'est que je dois être bien naïf, mais faut pas exagérer, on a vu des productions hollywoodiennes plus angéliques. A propos, vous êtes allés voir le dernier Besson ("Angel A") ? C'est l'arnaque, hein ! Pas étonnant qu'il crève de trouille devant la critique au point d'avoir entretenu le mystère marketing. Pas con, Besson : empêcher les critiques de voir le film c'est en assurer la promo à risque à zéro, pour un produit qui vaut à peine plus, et vole tellement bas qu'il ne parvient à enculer que les mouches à merde qui daignent se poser sur lui. Bon, je m'énerve, mais je l'ai eue mauvaise d'engraisser à la fois Pathé et Besson pour cette double bouse (même si j'aime bien Jamel) !
Histoire de terminer sur une note positive, voici mes projets pour les semaines à venir : partir au ski (snowboard plutôt), m'essayer à l'enseignement du français commercial à des Japonais, trouver des potes qui voudront bien partager ces quantités gastronomiques de saucisson que j'ai réussi à passer à la douane, ranger ma piaule, nettoyer ma cuisine, répondre aux dizaines de mails en retard et classer diverses paperasses administratives.
Des brouettes de bisous à tous
Tuesday, January 17, 2006
Sahel
Sunday, December 25, 2005
ET N'OUBLIEZ PAS D'ETEINDRE LE FEU DANS LA CHEMINEE !

Les Juifs ont (intérêt à avoir) de l'humour
Thursday, December 08, 2005
Friday, September 30, 2005
Tuesday, September 20, 2005
Marche pas dans la mode, ça porte malheur
Saturday, September 10, 2005
Tuesday, July 19, 2005
Tokyo News, HS juin 2005





Dans l’épisode précédent, votre héros se préparait à venir passer 2 semaines de vacances en Provence, soit le quota annuel de congés payés d’un Japonais. Il faut dire que, grâce à un sentiment de culpabilité savamment entretenu vis-à-vis des collègues, ils ne peuvent concevoir de passer plus de 3 jours consécutifs sans travailler. Moi-même, je culpabilise tellement que je me sens contraint à tenir une comptabilité rigoureuse de mes vacances : depuis 3 jours que je suis rentré, la température extérieure oscille entre 36 et 39 degrés. J’ai dormi en moyenne 9 heures par jour. Je me suis fait inviter 3 fois à la piscine, 1 baignade en bord de rivière, 2 barbecues. J’ai au compteur 2 indigestions, 3 insolations, et 1 méga coup de soleil cancérigène fluorescent dans le dos. Le bilan est nettement moins brillant côté fiesta et débauche : 0 gueule de bois à déplorer, 0 conquête féminine à célébrer. Je me rattrape par les loisirs : 5 films en salle. Il faut dire qu’avec la fête du cinéma, les places sont 6 fois moins chères qu’au Japon. J’ai vu, par ordre croissant d’intérêt : Brice de Nice (même ratage lors du passage à l’écran que Mr. Bean), Batman Begins (bof malgré la première partie), Les Poupées Russes (sympa en tous cas pour un célibataire qui approche la trentaine, vit entre deux pays, et doute sérieusement d’arriver un jour à se fixer sentimentalement), Garden State (un film américain mais beau et touchant), Sin City (à déconseiller aux personnes sensibles, mais terriblement réussi et original).
Mais place à votre feuilleton de l’été : voici le récit d’un récent périple de 4 jours avec 2 amies japonaises, chez les parents de l’une d’elles, qui habitent Kyushu (prononcer « kiouchou »). Des quatre îles principales du Japon, Kyushu est la plus méridionale, avec ce que ça implique de mer, de proximité culturelle avec la Chine et la Corée, et d’accent plein de soleil... C’est la terre de Fukuoka, de Nagasaki, l’autre martyre de la bombe 3 jours après Hiroshima (pour le message subliminal, c’est pile la date mon anniversaire^^). C’est le Japon où ont accosté les premiers étrangers occidentaux ayant visité ce pays (contrairement à une idée répandue, il y en a eu avant Saint François-Xavier, ce missionnaire du XVè ou XVIè, euh… arrondissement ?). L’île est à 6 heures de Tokyo en shinkansen, alors il vaut mieux prendre l’avion, c’est d’ailleurs moins cher. Les parents de cette amie japonaise, mi-fonctionnaires locaux, mi-agriculteurs, sont des Japonais des champs. Ils habitent ce que les Japonais des villes nomment « do-inaka » (= la « campagne profonde », avec la même légère connotation péjorative). Les habitations sont quand même regroupées en hameaux, rarement isolées.
La maison familiale est posée au milieu des rizières. Non loin, un torii (vous savez, ces portiques à l’entrée des lieux de culte shinto, un peu en forme de « pi (3,14) ») planqué dans un bosquet mène à un sanctuaire de bois sur pilotis, reconstruit après avoir brûlé à cause de collégiens maladroits qui y fumaient en cachette (je soupçonne l’histoire d’être suffisamment romancée ou rabâchée pour sa valeur morale). Le paysage général ne manque pas de charme, sans être non plus d’une beauté époustouflante : c’est plat, boueux, et en fait de végétation, au début j’ai cru qu’ils faisaient pousser des pylônes électriques. Quand donc se décideront-ils à enterrer les fils ? Pas demain selon toute apparence : outre les considérations de coût et les contraintes sismiques, les Japonais ne se montrent pas concernés outre mesure. Mes compagnons de voyage prétendent ne même plus voir les fils (ici, ignorer un problème suffit souvent à le résoudre ; c’est la méthode nia-coué, qui consiste à ignorer les inconnus dans un métro bondé pour rendre cette promiscuité supportable, ou encore ignorer collectivement un collègue pour le pousser à la démission). Ce qui n’empêche pas les cartes postales d’être retouchées pour ne pas voir tous ces câblages disgracieux.
Au Japon, la plupart des maisons individuelles sont entièrement reconstruites tous les 20 ou 30 ans, sur leurs anciennes fondations. Celle-ci a été refaite il y a 6 ans. Franchement grande pour un habitué des cages à lapins tokyoïtes. Le style est un savoureux compromis entre traditionnel et contemporain. La pièce dans laquelle nous dormons est sans doute la plus représentative du premier aspect : fusuma (portes coulissantes en bois) à chaque issue, décoration et mobilier minimalistes, omniprésence du bois, tatami (et les futons qui vont avec), butsudan (autel bouddhiste pour révérer les ancêtres) surplombé de grands portraits sepia des récents défunts de la famille, alcôve (dont j’ai oublié le nom technique) où l’on dispose certains objets de décoration en laque et de la décoration florale (ikebana). A côté de ça, ils ont des toilettes ultra modernes avec siège chauffant et jets nettoyeurs, un furo (baignoire) qui signale par quelques notes de musique que l’eau est à la bonne température, un détecteur à l’entrée qui gazouille pour accueillir tout visiteur (vite énervant vu les passages intempestifs du voisinage), de petites lumières à la base des marches qui s’allument automatiquement lorsqu’on s’approche de l’escalier... Cette « maison intelligente » est adaptée aux vieux « personnes à mobilité réduite », ce qui tombe bien car en plus des parents, elle abrite la grand-mère (« O-bâchan »). Enfin, le logis est protégé par deux chiens soi-disant de garde, sauf qu’ils sont remisés à l’arrière de la maison. Luna et Leo sont deux bons bâtards frère et sœur, gentils comme toutout. Pour l’anecdote, Leo c’est le verlan de mon diminutif japonais (Aurélien --> Auré --> Olé --> Leo). Ca a l’air tordu comme ça, mais la grand mère semblait prendre un malin plaisir à faire la confusion, par dyslexie ou taquinerie, je n’ai jamais trop su... Il faut dire que je suis vraiment très poilu pour les standards japonais (français aussi en fait).
Cette demeure très accueillante est un grand lieu de passage régulièrement visité par la famille (mon amie a un frère et une sœur, qui habitent dans le coin) et les voisins et amis qui y viennent pour échanger les derniers potins et troquer deux litres de lait contre un sac de riz ou es aubergines qui sont la fierté de la grand-mère et de son potager (en un seul mot). Outre la qualité de l’accueil qui m’a été personnellement réservé (d’autant plus touchant que je les devinais aussi intimidés que moi, sinon plus), j’ai apprécié ces relations si précieuses, cette économie « parallèle », loin des considérations de marketing et de rentabilité dans lesquelles je baigne au quotidien. Durant ces 4 jours, nous ne sommes pas restés cloîtrés dans la baraque. Certes ce fut le lieu de quelques agapes, siestes gratinées et autres sommeils de plomb même pas dérangé par la coassophonie des grenouilles alentours (avez-vous déjà entendu un crapaud qui fait le même bruit qu’un portable sur vibreur ? très déstabilisant…).
Mais nous avons aussi pas mal visité la région. 1er jour, la côte nord-ouest et Fukushima : balade en voiture le long des côtes découpées, déjeuner dans un petit port de pêche avec restaurant de fruits de mer obligatoire. Quelques tables surélevées sur tatami (pas assez de recul et de souplesse pour m’asseoir confortablement), autour d’un bassin où barbote un élevage de seiches. Nouvel essai : le « ikizukuri » de seiche. La pauvre bestiole est préparée et dévorée vivante ! C’est paraît-il une preuve de fraîcheur très appréciée des Japonais. Comme les huîtres chez nous. Sauf que c’est déjà pour ça que je ne mange pas d’huîtres crues (il faut dire que je n’ai jamais eu l’occasion non plus). Alors que le mollusque nous dévisageait de son œil humide et lançait des SOS en agitant les tentacules, les 3 Japonaises qui m’accompagnent se régalaient en grappillant de leurs baguettes les morceaux prédécoupés de sa couche supérieure blanche et caoutchouteuse. Moi je n’ai pas eu le cœur et ai attendu qu’il nous revienne en tempura (beignets frits).
2ème jour, le Mont Aso : le grand air, le grand vert, sans câbles électriques, si ce n’est ceux du téléphérique qui mène au sommet de ce volcan en activité. Là nous attend une vue spectaculaire : l’intérieur du cratère, ceint par la caldeira, une découpe naturelle particulière dans le rocher multicolore. Le lac quasi-asséché laisse apparaître le fond du cratère, d’où émanent des fumées épaisses et menaçantes. Un responsable du site nous explique que cela fait une dizaine d’années qu’il n’avait observé une telle activité. Une partie de la visite est fermée au public, car le vent y a porté ce matin des gaz toxiques. A midi, on essaie une spécialité locale, le « curry-volcan » : le riz est en forme de cratère, d’où déborde la sauce. Très bien pour faire manger les gamins. Je me suis régalé.
3ème jour, les canaux de Yanagawa : descente bien agréable sur une barque, chargée d’une douzaine de touristes et menée par un gondolier intarissable de chansons et d’histoires sur tel arbre à fleurs, telle muraille, tel jardinet… Nous sommes accompagnés d’une autre amie japonaise et de ses deux petites filles de 2 et 4 ans, Yui et Mami, assez sages et pour tout dire adorables. On me les colle dans les bras et je ne saurais dire lequel était le plus mal à l’aise. Pour le déjeuner, passage obligé dans un restaurant dont la spécialité est l’anguille. Après la seiche, c’est la deuxième fois que je mange un plat auquel je m’étais pourtant juré de ne plus goûter, et que je suis agréablement surpris.
Le dernier jour, la jeunesse a été un peu mise à contribution pour la culture du riz. Il s’agissait juste de transporter les plants de riz (« ine ») élevés en pépinière jusqu’aux rizières (« tambo »). Etant l’un des rares initié aux vitesses manuelles, on m’a fait conduire un « keitora » (de « kei » qui signifie « léger » et « truck », camion ; encore un exemple de l’appropriation de l’anglais par le japonais pour créer quelque chose de complètement nouveau). Cette camionnette a deux places à l’avant et une benne à l’arrière (important pour la suite). Je fais mon baptême de conduite en vitesses manuelles avec volant à droite (on s’habitue vite, une fois qu’on a remonté et descendu 2 ou 3 fois sa vitre en cherchant à passer la seconde). Les copines m’ont assuré qu’il n’y avait aucune chance de se faire arrêter, il n’y a pas de policiers dans le coin. Ca faisait environ 3 minutes que je conduisais, j’avais déjà pris assez d’assurance pour faire des zigzags à 80 sur une route limitée à 40 pendant qu’une amie faisait l’idiote dans la benne à l’arrière, lorsque « pippipîîî », coups de klaxon : un motard qui nous fait signe de nous ranger sur le bas-côté. Sa mobylette crottée fait penser à un postier, si ce n’est la boîte en plastique posée sur le porte-bagages où est écrit « POLICE ». Il est ce qu’on appelle « O-mawari-san », l’îlotier protecteur d’une zone déterminée, et qui, dans cette campagne, doit sérieusement se tourner les pouces. Il commence à réprimander la copine dans la benne et demande les papiers du véhicule et du conducteur. Lorsque je descends, il pâlit : je dois être le premier étranger qu’il voit d’aussi près. Pour vous donner une idée, mon amie est une célébrité dans son village pour avoir vécu à l’étranger (Monaco) et parler anglais et français. O-mawari-san, qui ne doit pas avoir plus de 20 ans, a plutôt une bonne tête (pâle) mais je n’en mène pas large : complètement en vacances, j’ai laissé à la maison tous ces trucs qui d’habitude ne me quittent jamais : montre, téléphone portable et papiers. De toute façon, je n’ai que la photocopie d’une traduction de mon permis de conduire, dont je sais pertinemment qu’elle est périmée. Le policier commence à vouloir noter mon nom sur un calepin, mais il se décourage dès le prénom (déjà imprononçable pour les Japonais francophones). Puis il bafouille quelque chose à propos du permis international et avance timidement l’idée qu’il faudrait peut-être faire les vérifications qui s’imposent. Il appelle des renforts mais la voix féminine à l’autre bout de son portable, si elle l’interroge sur mes nationalité, sexe, profession… (toutes considérations dont j’imagine mal en quoi elles rentrent en compte dans le code de la route) ne semble pas plus au courant que lui de la marche à suivre dans ce cas particulier. C’est bientôt l’heure du déjeuner et O-mawari n’a pas l’air motivé pour faire le déplacement jusqu’à la maison, surtout pour effectuer un contrôle dont il nous avoue « ne pas très bien connaître » les tenants et aboutissants. La menace est passée. Reste au policier à sauver la face : il nous annonce sans rire que s’il nous laisse partir sans contravention, il s’agit bien d’un avertissement. Nous voilà rassurés sur l'efficacité de la police. Et moi qui ai failli croire que son incompétence et sa feignantise l’avaient lamentablement incité à fermer les yeux sur une série d’infractions flagrantes ! Nous nous empressons d’acquiescer en chœur. Il était temps de repartir, car inquiétée par notre retard, O-bâchan était déjà partie à notre rencontre dans sa « mémémobile », une chaise électrique améliorée, avec phares, clignotants, rétroviseur, panier à provisions, qui lui assure une bonne mobilité jusque dans les champs alentours ! Tout est bien qui finit bien, et on s’est marrés tout l’après-midi en se remémorant l’épisode.
Voilà c’était un TN un peu spécial, un hors-série « Lagnes News » (pour ceux qui ne connaissent pas, Lagnes c’est le petit village provençal où habitent mes parents, mon « do-inaka » à moi). J’espère que ça vous a plu, et vous dis à bienture pour de nouvelles aventôt.
TN premier semestre 2005
News d'Tokyo, le nouveau 17 octobre 2004
Okinawa News (HS TN 25 septembre 2005)
TN janvier 2005
Aujourd’hui un court Tokyo News pour vous dire 2 choses :
Pour certains ce que je vais dire n’est déjà plus une nouvelle, mais voilà : Isabelle et moi ne sommes plus ensemble. Nous nous sommes séparés entre Noël et le Jour de l’An. Nous avons coupé les ponts, pour « faciliter » la transition, sans s’échanger aucune nouvelle. Sans doute reprendra-t-on contact dans quelque temps, une fois la page bel et bien tournée. En tous cas je l’espère. Pour ceux qui ont gardé son contact, vous pouvez lui transférer les Tokyo News, si elle le souhaite.
La bonne nouvelle maintenant. Je viens de découvrir une petite invention révolutionnaire : la téléphonie gratuite sur Internet. Le principe est simple : il suffit d’une connection à Internet et du logiciel « Skype » (qu’on trouve sur Internet, voir ci-dessous), et on peut se téléphoner sans rien payer en plus ! (on se parle et s’entend grâce aux micro et hauts-parleurs de l’ordinateur) Autant vous dire que le monde va se sérieusement rétrécir autour de moi ! Je pourrai dialoguer en direct avec ceux qui sont équipés, et ce pendant des heures (suivant disponibilités des intéressés !). Il ne me reste plus qu’à acheter une webcam, et vous aurez l’image en prime ! J’espère qu’ils vont arrêter là le progrès, bientôt on risque d’avoir les odeurs avec…
La procédure à suivre est plutôt simple et prend en général moins de 5 minutes... :
1) allez sur Internet à l’adresse http://www.skype.com/download.html
2) cliquez sur « Download Skype for Windows » et suivez les instructions !
3) vous venez ainsi de télécharger le programme ; il vous reste à l’installer, en cliquant sur le nouvel icône qui est apparu sur (normalement le « bureau » de) votre ordinateur, en suivant toujours les instructions. Mon pseudo sur Skype est « rocconut » (si vous voulez faire des essais) ;-)
Voilà, c’est très facile, mais n’hésitez pas à m’écrire si vous rencontrez des problèmes ou avez des questions en essayant cette manipulation.
A part ça j’ai repris le boulot depuis 3 bonnes semaines et rien ne semble avoir changé ni devoir changer. J’ai l’impression que l’année dernière va se reproduire à l’identique, ce qui n’est pas forcément un bon présage. Pour la vie privée, c’est plus incertain. Le célibat me permettra sans doute de réfléchir à beaucoup de choses et, je l’espère, de mûrir un peu. Côté copains, mes weekends sont toujours éclairés par la même bande d’amis français, mais, coup dur, plusieurs d’entre eux ont prévu de quitter le Japon au printemps. Masa, quant à lui, se mariera le 13 février (cérémonie restreinte avec les familles seulement). Quant au bébé, il est attendu en juillet.
Voilà. Au terme d’un weekend qui est encore passé très vite et sous le signe du beau temps, je suis d’attaque pour reprendre une dure semaine de labeur. Mais avant ça, je vais me gaver devant mon plat de pâtes-à-la-bolo, sempiternel et toujours aussi bon, en regardant un nouvel épisode de la série « 24 Heures ».
Je pense bien à vous tous, les amis du Japon que je vois plus ou moins souvent, ceux de France qui me manquez déjà malgré (à cause de?) les excellents moments partagés en France, la famille proche ou éloignée, les autres, vous aussi à qui je pense et qui traversez des moments particulièrement difficiles.
A bientôt par e-mail, lettre, téléphone, ou encore en rêve… tous les moyens sont bons !
TN décembre 2004
Tokyo, 12 décembre 2004. Ambiance : dimanche après-midi, pâtes au déjeuner, lessive, mauvais temps et froid. Autant dire que j'ai mangé des nouilles, dedans le linge pendouille, dehors ça mouille et je me gèle les pieds (aussi). Votre parution clandestine préférée est de retour. Ecrite silencieusement depuis ma cachette tokyoïte. L'heure est grave : Isa a disparu. Envolée. Mercredi matin, par la Lufthansa. De là à dire qu'elle a été déportée par les Boches, il n'y a qu'un pas, que je n'hésiterai pas à franchir, au nom de l'inimitié quasi-génétique qui nous lie aux Schleus, qu’on les considère comme notre ennemi héréditaire ou grand frère - de sang - européen. Ich liebe dich, moi non plus. Vous avez remarqué aussi comme, bien qu’on soit censés être sevrés depuis longtemps, on reste instinctivement attirés par les Teutons ?
Après 3 presque-mois à Tokyo pour son 4ème séjour au Japon, Isa a donc rejoint ses pénates provençales. Ici, c’est comme du vide partout. Dans l'armoire, dans la bibliothèque. Dans le frigo (c'est où déjà le supermarché ?). Dans le futon, désormais presque aussi froid. Il faut réapprendre à faire la lessive, le repassage, le lit, les courses, la cuisine (le ménage, j’ai jamais su). On perd difficilement les bonnes habitudes. Je continue à rabaisser la cuvette des toilettes après pissou, à me prendre les pieds dans ses cheveux, embusqués ça et là.
Maintenant que le quota de pleurnicheries est rempli, je peux vous avouer que je retrouverai bientôt Isabelle, car je rentre en France la semaine prochaine (arrivée prévue à Marignane samedi 18 au matin), pour y passer les fêtes (retour vers l’exil le 4 janvier). Et puis pendant son séjour, Isa et moi nous sommes ménagé un paquet de très bons moments. Outre ceux déjà relatés dans ces colonnes (Okinawa, le zoo de Tama…), nous avons visité les trois plus importants sites touristiques autour de Tokyo : Nikkô, Hakone et Kamakura. On a goûté aux saveurs d’Ishikawa-chô (la première chinatown du Japon, à Yokohama), avons visité un temple de Kawasaki (qui est une ville et pas seulement une marque, si vous m’autorisez). Partout, voyager en dehors des saisons touristiques était un vrai régal, et à chaque fois, nous avons fait un détour pour plonger avec délice dans des onsen, dont on regrettera juste leur non-mixité.
On a encore participé à la Nuit des Publivores, et on s’est fait un tas de bons restos (les désormais classiques yakiniku, yakitori, katsu-don et autres izakaya), en amoureux ou avec une bande de joyeux lurons.
J’ai aussi profité des conseils d’Isa pour remeubler l’appartement, en achetant une table basse, un meuble pour la buanderie (étagère à 7 niveaux pour entreposer médicaments et cosmétiques – en ce qui me concerne les 30 cm2 du réservoir de la chasse d’eau me suffisaient) et des luminaires plus chaleureux que les néons d’hôpital qui faisaient jusque là office d’éclairage. La table basse a notamment servi pour un nouveau rituel : 1 fois par semaine on se retrouvait pour une soirée tarot avec quelques copains, qui sont très complémentaires : l’un nous explique bruyamment la stratégie, l’autre compte amèrement les points et le troisième nous ôte tous nos complexes de débutants ; je ne donnerai pas les (pré)noms, parce que je ne veux vexer personne et surtout pas faire honte aux Bretons ;-)
Le reste du temps, j’ai eu beaucoup de travail, et si je m’efforçais de rentrer avant 20h, trop souvent c’était plus tard, sans compter que je n’ai pas pour autant arrêté les cours de jap hebdo (jeudi de 19 à 21h). En semaine on ne sortait donc quasiment pas, et on se rabattait sur des films : Solaris (rien pigé à la V.O.), The Man Who Knew Too Little (comédie sympatoche avec Bill Murray), The Hours (pas drôle mais très bon), The School of Rock (pas bon mais très drôle), The End Of Days (pour c’était notre quotat d’Arnold Schwarzenegger, ou Shuwa-chan, comme ils l’appellent ici), Snatch (à voir et à revoir), Sur mes lèvres (inhabituel, avec Vincent Cassel et Emmanuelle Devos), Something's gotta give (sorte de vaudeville avec Jack Nicholson et Diane Keaton, très original et touchant juste) et Howl’s moving castle (le dernier Miyazaki, toujours fascinant même si moins profond, comme le disait Isa). Et des livres : l’ensemble de l’œuvre de Maurice Leblanc n’a plus de secret pour elle, qui a dû lire tous les Arsène Lupin, ainsi que Howl’s moving castle en V.O., car le film est adapté d’un roman anglais ; quant à moi je n’ai pas fait dans le joyeux, avec Moi, l'enfant autiste (c’est le titre d’une autobiographie), L'angoisse du roi Salomon (un autre Romain Gary sous le pseudo d’Emile Ajar – un style toujours aussi jouissif) et L'automne à Pékin (Boris Vian, qui décidément a du mal à dissocier l’amour et la mort).
Sinon, vous vous souvenez de mon ami Masa, tombé amoureux d’une photo en avril, et ayant rencontré en juin la version en trois dimensions ? Eh bien, comment dire, il a fait tant et si bien que l’une des 3 dimensions (la largeur, pour être précis) ne devrait plus tarder à enfler. En clair : la fille, prénommée Sachiyo, est enceinte de lui, et ils vont se marier l’an prochain ! En japonais, on appelle ça « dekitchatta kekkon » : un mariage quelque peu forcé par l’arrivée d’un bébé. Incroyable. Masa est Mr. Incroyable. Je leur souhaite bien du courage car ils ne sont pas sortis du ryokan : les parents de Sachiyo, qui se sont trompés de siècle, voient d’un très mauvais œil que leur fille quitte la province pour s’installer dans la capitale avec un garçon qu’ils n’ont pas choisi eux-mêmes, d’autant plus que le salaire de ce dernier suffira difficilement à faire vivre 3 personnes. Souhaitons-leur tout plein de chance et de bonheur.
Bon, je ne vais pas partir en vacances sans dire un petit mot sur mon boulot. C’est toujours loin d’être reposant et exaltant, mais au moins c’est très varié. Ceci dit, ces 2 derniers mois ont surtout été marqués par l’organisation de réceptions à la Résidence de l’Ambassade. Ce type d’événements a lieu presque tous les jours, et lorsque c’est plus ou moins commercial, c’est la ME (le service économique de l’Ambassade, auquel j’appartiens) qui s’en occupe. Coup sur coup, notre service a ainsi dû préparer la remise de l’Ordre du Mérite à 2 personnalités japonaises pour leurs bons et loyaux services (l’une a été éclaboussée récemment par un scandale de faux-étiquetage, bien joué…), le lancement de l’édition japonaise du magazine l’Officiel de la Mode, la célébration de la nouvelle boutique tokyoïte de Jean-Paul Gaultier et la première de la nouvelle ligne féminine de Dynastar. Je vous rassure, la plupart des frais sont pris en charge par le client, mais quand même, il y a des types payés par l’Etat (dont moi) qui perdent leur temps à organiser ça. Et punaise, vous trouvez sans doute que l’administration française c’est procédurier, mais vu de l’intérieur, c’est bien pire… La récompense : pouvoir participer à ladite réception. Tu parles. Quand il y a une Isa qui m’attend à l’appartement, avec un bon plat de spaghettis-bolognaise et un bouquin ! C’est pas d’avoir serré la main de Jean-Paul Gaultier qui m’aura consolé. Remarquez, je préfère ça que lui faire la bise, et finalement j’ai moins peur d’y perdre des doigts que quand il s’agit d’un ministre.
Au niveau ambiance générale, vous savez peut-être que le Ministère de l’Economie et des Finances est l’un des plus avancés dans les réformes de tout genre, et ça rationnalise à tour de bras. En avril, Ubifrance (agence pour le développement international des entreprises, qui est le pendant en France des ME -Missions économiques- installées à l’étranger) a été « restructurée » : une partie du personnel déménagé de force à Marseille et une centaine d’emplois supprimés. Et depuis le 1er décembre, la Direction à laquelle j’appartenais n’existe plus, ayant été fondue avec le Trésor et la Direction de la Prévision dans une nouvelle Direction appelée DGTPE. Bref, le climat est plutôt à la réduction des effectifs et moi qui me tâtais pour faire carrière, je crois qu’on est en train de choisir pour moi. On n’a rien à envier au secteur privé...
Parmi les événements qui ont marqué le mois dernier : la réélection de Dabeuliou aux Etats-Unis. A croire que les électeurs américains ont hiberné ces 4 dernières années et ne se souviennent pas que le méchant dans Dallas s’appelait aussi Jr., l’escroc texan fou de pétrole et dangereux. L’exotisme, ici, c’est que Les journaux japonais sont en général pas mécontents de cette réélection. Quant à l’opinion publique, a priori elle n’est pas pro-Bush mais on ne les sent pas plus motivés que ça.
Le monde continue à tourner… pour l’instant. Il semble pourtant un peu désaxé, d’ailleurs j’ai remarqué, et je ne suis pas le seul, que la nuit tombait beaucoup plus tôt (environ 1 heure) que les autres années à la même époque. Est-ce le cas aussi en France, ou est-ce seulement le Japon, qui aurait été déplacé dans l’hémisphère nord à force de typhons et de tremblements de terre ? Tokyo a d’ailleurs essuyé la semaine dernière sa plus puissante tempête en quarante ans (copyright Olilop-Tokyo Connection). Pendant la nuit, à cause des gémissements sinistres de l’immeuble malmené par des bourrasques d’une force incroyable, difficile de fermer l’œil, quant aux oreilles elles n’ont malheureusement pas de paupières. Le lendemain, les rues désertes de Roppongi étaient jonchées de dizaines de cadavres de parapluies bon marché démembrés par la tempête.
Et tempête en décembre, t’en chies en janvier. Veuillez me passer cet aphorisme quelque peu irrévérencieux, mais bordel je le sens plus que prophétique ! Que cela ne nous empêche pas de passer d’excellentes fêtes, dont le but est d’oublier les horreurs de l’année en célébrant la joie d’y avoir survécu, et de se gonfler d’espoir pour celle à venir et de confit d’oie pour affronter les rigueurs de l’hiver. De la salade et des loukoums ! (la paix soit avec vous)
TN juillet 2004 - part II
TN Juillet 2004 – part II
Bon la dernière fois c’était tout plein de jérémiades léthargiques, alors pour cette édition, on va faire un peu plus gai (je vous vois venir : non, je n’ai pas viré ma cuti !). Car voilà, il faut que le monde entier le sache : j’ai passé un excellent weekend la semaine dernière à Osaka. Dans l’épisode précédent (voir épisode précédent) il était question d’accompagner Masa à Osaka pour lui présenter Sachiyo, une copine de Motomi, elle-même une bonne amie qui m’a été présentée par Isabelle (je vous demande de faire un effort pour suivre, car il y a plein de personnages maintenant, un peu comme le roman que je ne finis plus de ne plus finir, et qui s’intitule, je le rappelle, « La Parfaite Lumière », ou en V.O. « Musashi » (dans la colle), et où l’on découvre désormais contre toute vraisemblance que le nouveau disciple du héros rencontre par « hasard » son ex-disciple, qui est en fait le frère de l’amoureuse du héros – on savait même pas qu’elle avait un frère – qui vient du même village que le maître, le traître, sa mère-menteuse et leur moine-mentor). Masa, qui était tombé amoureux d’une « Satchan » (son petit nom !) en 2 dimensions, allait la rencontrer en chair et – sans vouloir être médisant, surtout – en os. Ca me faisait plaisir de donner à Masa cette occasion (je veux dire : cette opportunité, car je ne sais pas si Satchan a déjà servi), mais honnêtement je ne croyais guère à ses chances de succès. Motomi n’y croyait guère. Il n’y croyait guère. Eh bien, finalement ils se sont remarquablement bien entendus, ne se quittant pas de la journée, tchatchant et rigolant sans arrêt. C’était à peine si , lorsque Motomi et moi leur adressions la parole, ils nous prêtaient une attention polie. Depuis, ils s’écrivent tous les jours et se sont promis de se revoir bientôt (je vous tiendrai au courant !).
Le samedi, nous sommes allés faire une balade à Odai-Gahara. C’est une montagne située dans la préfecture de Nara, à 3 heures de voiture au sud-est d'Osaka, qui propose un charmant parcours au-dessus de vallées encaissées d’où s’étirent d’épaisses nappes de brouillard qui donnent au décor un aspect fantasmagorique. On y traverse une étrange forêt grise d’arbres morts, au pied desquels pousse un tapis d’herbe jeune, broutée par un grand nombre de bambis sauvages que l’on peut observer d’assez près. L’histoire de ce paysage insolite remonte à une quarantaine d’années, lorsqu’un typhon d’une extrême violence s’est abattu sur cette montagne, déracinant et dévitalisant une grande partie de la forêt. Il faut dire qu’il tombe en moyenne sur le mont Odai-Gahara quasiment le double du reste de la région. D’ailleurs, malgré les prévisions météo optimistes, nous avons essuyé (tant bien que mal : on n’avait pas d’éponge assez grosse) un énorme orage, pas très long mais dilluvien, nous faisant courir à la recherche d’un abri (qu’ils ne trouvèrent jamais) sur des sentiers caillouteux transformés en rivières peuplées de gros crapauds verts ou rouges. Sur le retour, bringuebalés par les virages de montagne, saoûlés par la voix de Carla Bruni dont le CD jouait en boucle dans l’auto-radio, un peu ivres de fatigue aussi, nous avions terriblement envie d’un bon bain chaud et délassant dans un onsen.
Yoshino, à mi-chemin entre Odai-Gahara et Osaka, est un charmant petit village de montagne, classé parmi les sites sacrés du patrimoine mondial de l’Unesco et connu pour ses cerisiers innombrables et majestueux, qui attirent à la floraison du début avril des hordes compactes d’amateurs de déjeuners sur les pétales roses et blancs, non sans les avoir au préalable recouverts de bâches bleues en prévision des taches de bière dont les abondants flots mousseux ne manquent pas d’accompagner ces agappes. L’été, Yoshino est moins rose, mais en principe aussi moins jaune de monde. Une fois sur place pourtant, surprise : nous tombons juste le jour d’une fête locale. Dans les rues du village garnies de bougies, pas de foule toutefois, mais des groupes nonchalants de badauds en kimono, qui butinent les magasins de souvenirs de bon goût (assez rare !) en se dirigeant vers le sanctuaire principal où se déroule, à ciel ouvert, sous la Lune, un concert de piano-jazz. Un paysage dont le romantisme n’a pas échappé à nos deux tourtereaux ! Comme beaucoup de onsen, celui où nous nous sommes attardés faisait également auberge. Il était assez grand, rappelant un peu, pour ceux qui ont vu « Le Voyage de Chihiro », l’établissement de bains tenu par la sorcière. Aujourd’hui encore, je me demande si les fentes judicieusement placées dans la palissade séparant les bains pour hommes de ceux des femmes étaient volontaires, mais cela rajoutait assurément au lieu un certain charme…Telles étaient mes réflexions alors qu’au sortir du bain, chaussé de geta (les sandales japonaises), je sirotais une bière locale (je donne aussi très bien le « la »…) en contemplant paisiblement de fascinantes sculptures de glace, avec en fond sonore les feux d’artifice qui résonnaient depuis une vallée proche.
En revenant à Osaka, nous avons quitté Sachiyo devant chez elle, qui devait travailler tôt le lendemain dimanche. Puis, Motomi ayant la flemme de préparer à manger (il était plus de onze heures du soir), nous sommes allés dévorer d’énormes bols de « ramen » et platées de « gyoza » (nouilles et raviolis chinois) dans un bon restaurant, avant de nous effondrer de fatigue, la panse au bord d’exploser, dans les futons que Motomi avait préparés pour nous dans sa chambre d'amis. C’est déjà la troisième fois que je suis hébergé chez elle, et à chaque fois nous sommes très bien accueillis, notamment par sa mère (qui m’adore) et qui cette fois avait encore plus la pêche, toujours sous le charme d’un voyage à Paris et à Florence au printemps dernier.
Le lendemain, nous réussissons l’exploit de se lever assez tôt pour partir sur l'Ile d'Awaji (à 2 heures de route d’Osaka, entre Kobe et Shikoku), en pensant y trouver une belle plage pour profiter de la mer. On accède à Awaji par le Akashi-Ohashi, l’un des ponts suspendus les plus grands au monde (et sûrement l’un des plus chers). Après avoir demandé conseil à quelques autochtones, nous avons bien trouvé une plage, mais assez décevante : un sable épais, rugueux, jonché de détritus divers et d’algues envahissantes, une mer trouble et sans autres vagues que celles provoquées par la valse incessante des scooters des mers, un fond piégé (Motomi s’est bien écorchée sur les rochers), et même une grosse méduse échouée. Masa et Motomi n’étant déjà pas très fans des bords de mer, nous n’avons pas tardé à plier bagage, non sans avoir subi au préalable de sévères morsures du soleil (une semaine plus tard, mon teint écrevisse a commencé à s’estomper). Nous avons repris la voiture pour visiter l'intérieur de l'île, ce qui nous a permis de découvrir la campagne japonaise, et des temples déserts perdus dans les hauteurs au bout de routes défoncées, bien loin de la populace habituelle.
Pendant tout ce temps, c'était moi qui conduisais. Motomi a en effet accepté de me laisser le volant de sa voiture, un bon outil pour mon baptême du feu, avec son moteur poussif et sans reprise, ses inombrables bugnes, ses poignées de porte qui restent dans la main et son rétroviseur qui se dérègle au premier cahot. Au début, ça fait bizarre de conduire une automatique, mais ça permet de mobiliser son attention ailleurs que sur le levier de vitesse qui, placé de l'autre côté (puisque le volant est à droite), ne sert que pour la marche arrière et le frein moteur. La route est elle aussi inversée (on roule à gauche), d’où je déduis qu’en l’absence de signalisation la priorité doit être à gauche, bien que Motomi et Masa aient été incapables de me le confirmer (je crois qu’ils ne se sont jamais posé la question…). Heureusement, les Japonais sont rarement de gros nerveux en voiture et se montrent incomparablement plus indulgents que nous avec les autres automobilistes. J’ai assez rapidement appris qu’à l’instar de la plupart des règles de vie japonaises, qu’on dit terriblement codifiées, les limitations de vitesse ne sont que de pure forme, et il n’est pas nécessaire de les respecter tant qu’on ne dérange personne. Le plus dur est en fait la circulation en ville et la signalisation, épouvantablement mal faite. Déjà, les feux sont de l’autre côté du carrefour. Quant à l’autoroute, les panneaux indiquant les différentes directions et sorties sont placés au dernier moment, ce qui nécessite, si on ne connaît pas la route, d’avoir un bon copilote (et Motomi est aussi peu douée en pilotage qu’en co-pilotage, cf. TN de janvier). Ce problème devrait se résoudre peu à peu avec l’installation en série de systèmes de navigation par satellite sur la plupart des nouveaux modèles de voitures, mais celle de Motomi, vous l’aurez compris, n’est pas de toute première jeunesse.
Après des adieux très émotionnants à Motomi, Masa et moi sommes rentrés dimanche soir en Shinkansen, bien crevés mais comblés (et lui encore plus!), roupillant sur tout le trajet avec un sourire béat d’une oreille à l’autre (et le filet de bave qui va avec). Malheureusement, étant parti au dernier moment le vendredi soir juste après le boulot, en mode « panique » pour attraper mon train, j’avais évidemment oublié mon appareil-photo. Mais Motomi devrait m’envoyer quelques clichés, à paraître bientôt sur le blog, j’espère !
C’était la semaine dernière, déjà… Là, je viens de passer un autre weekend assez sympathique, bien que beaucoup plus reposant. L’événement majeur se tenait hier soir, alors que je recevais chez moi quelques amis pour une soirée « Okonomiyaki » (sorte d’omelette japonaise originaire d’Osaka, cf. photo). Y participaient surtout des Japonais, plus un copain français et une amie coréenne. Dans une ambiance bon enfant et sans prétention, on a préparé la bouffe, mangé, bu, papoté-bavardé, joué aux fléchettes et à « Daruma-san ga koronda » (1, 2, 3, Soleil version nippone), et chanté (avec un Ai wo kudasai ! désormais classique mais endiablé, ainsi qu’une improvisation très approximative mais délirante sur Oh Champs Elysées). Aujourd’hui dimanche, j’ai traîné en caleçon dans l’appartement, partageant mon temps entre lessive, repassage, vaisselle, ménage et dégraissage (ce n’était d’ailleurs pas du luxe…), lectures et… écriture.
Côté cinéma, parmi quelques vidéos louées récemment j’ai fait la découverte d’une petite merveille : « Raising Arizona », des frères Coen, avec Nicolas Cage, Holly Hunter et John Goodman, entre autres. Une comédie loufoque qui arrive à faire rire avec un histoire remarquablement triste…
Côté actualité, j’ai essayé de faire des efforts récemment pour m’intéresser un peu à ce qui se passe ailleurs que dans ma petite vie, notamment dans des régions qui n’ont jamais cessé d’être en guerre mais qui captent à nouveau l’attention du monde du fait d’une situation plus dramatique encore que d’habitude : pour l’Afghanistan, il aura fallu le retrait de Médecins Sans Frontières, dont les personnels se font tirer comme des lapins malgré (à cause de ?) la présence massive des soldats américains ; pour le Darfour, il aura fallu sonner l’alarme d’une énorme crise humanitaire, apparemment orchestrée par un pouvoir s’amusant à exacerber des divisions ethniques qui avant ne posaient problème à personne. Et sans vouloir vous miner le moral, je me demande ce qui se passe en Tchétchénie… En France le degré est moindre dans l’horreur, mais ça donne quand même bien la nausée quand on parle d’amnistie fiscale pour les fraudeurs riches. Et ça lobbyise à mort pour faire passer l’idée que l’impôt de solidarité sur la fortune –créé pour financer le RMI– est un frein au retour des capitaux et donc à la croissance et donc à l’emploi. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison… mais le principe a de quoi faire vomir (pas étonnant quand on suit un exemple donné par Berlusconi). Ca veut dire : oui, bon, OK, les plus riches d’entre nous ne sont pas plus solidaires que les autres, mais dans notre société ils sont bien plus utiles, alors ils méritent d’être au-dessus des lois… Si ça se trouve, Sarkozy va encore arriver à faire passer ça comme une réforme positive, de celles qui nous mènent vers un monde meilleur ! D’ailleurs Sarko, encore et toujours, est partout, et notamment à la Une du Monde, très régulièrement. C’est à se demander si le titre de leur article « Et Nicolas devint le Père Noël », actuellement sur leur site Internet, n’aurait pas un double sens…
Bon, je m’apprête à quitter le monde du weekend pour retrouver dans moins de douze heures celui du boulot, qui devrait tout de même être agrémenté cette semaine de mon désormais rituel cours de japonais (ces deux heures hebdomadaires sont quasiment devenues une drogue) et je l’espère d’une soirée avec quelques copains français que je n’ai pas pu voir récemment. A part ça, plus que 1 mois et 10 jours… Je ne dirai pas que ça passe vite, mais si tous les weekends sont aussi sympathiques, ça devrait être plus que supportable ! Au milieu, il suffit de tenir en apnée, et tout compte fait c’est loin d’être si terrible. Pour être honnête, je crois même qu’il y en a plus d’un qui se damneraient pour être à ma place. Et puis, au vu de certains messages compatissants que je reçois, je tiens à dire que le moral, ça va ! C’est juste que parfois il m’arrive d’être mélancolique frénétique… Au passage, vous aurez sûrement remarqué que la bière tient une place récurrente dans ces chroniques, mais n’allez pas croire que je tente de génocider mon chagrin par l’alcool : ce dernier est réservé aux occasions heureuses. Et puis c’est un moyen de survie quasi-indispensable en ces temps de grosse chaleur… toujours avec modération, bien sûr ! Quoiqu’il en soit, je vous souhaite à tous un très bon été et, où que vous soyez, d’avoir la tête en vacances…


