Sunday, April 30, 2006
Friday, March 10, 2006
Sunday, February 19, 2006
L'Internationale des croûtons
Mais quand même, ils manquent sérieusement d'organisation collective. J'espère que ça viendra maintenant que les baby boomers arrivent en retraite. Cette génération a pris l'habitude de revendiquer - même si elle n'a pas vraiment connu le manque - et a été celle qui a le plus rêvé à un avenir pacifiste au milieu d'éternels champs de fraises.
Je suis donc pour l'utilité sociale des vieux. Sinon on ne va pas les supporter ! Ni nos nerfs ni nos finances. L'idée est bien de les faire bosser après l'âge de la retraite. Ca les aiderait déjà à se maintenir en forme mentale. Et ils y trouveraient sans doute une certaine fierté. Je suis sûr qu'il y a plein de vieux qui se sentent inutiles et dépassés, et qui croient qu'ils ne peuvent plus rien apporter à la société. D'ailleurs s'ils n'ont pas conscience qu'ils sont une charge, il faudrait le leur dire pour les inciter à vouloir continuer d'apporter leur contribution positive. Sans aucune obligation bien sûr. En contrepartie, pour ceux-là qui ont envie d'aider, il faut leur leur faciliter la tâche. Ne serait-ce qu'en les faisant témoigner. Evidemment, pas de travaux physiques pénibles, ni de grandes responsabilités, ni d'horaires contraignants. Ca pourrait être des boulots de formation (soutien scolaire, intervenants dans les classes, les entreprises, les ANPE, les "banlieues"... les maisons de retraite aussi !), d'aide humanitaire de proximité, d'animation culturelle... Je pense que ça se fait déjà à une certaine échelle, mais le principe serait d’institutionnaliser et de faciliter ce système. Et même s'ils n'ont pas la pédagogie, les vieux peuvent être des témoins extrêmement précieux, ils sont des trésors vivants, grands ou petits, forts ou faibles, succès ou échec, ils ont tous un vécu dont on peut forcément apprendre. Comme chaque être humain, mais eux ils ont accumulé en moyenne plus de "valeur".
Pour finir, méditons l’expérience du Japon, laboratoire du monde en ce qui concerne les sociétés vieillissantes : les statistiques notent que la délinquance juvénile recule, mais ce qui augmente, c'est la délinquance... sénile ! Désormais 10% des délinquants ont plus de 65 ans... La plupart du temps les délits commis par cette population qui se paupérise le sont pour l'argent. Faites passer le message : ne laissons pas les vieux sur le bord du chemin, sinon ils vont nous rendre la vie impossible !
Inch' Allah by Allah Inc.
Friday, February 17, 2006
Pourquoi je déteste les chainmails
(...) à la fin, comme TOUTES les "chaînes", t'incite à propager la chaîne pour qu'il t'arrive plein de trucs super, ça encore à la rigueur OK, mais en plus si tu fais pas ce qu'ils te disent ils te menacent carrément (genre "vous n'allez plus jamais niquer"). Je comprends tout à fait qu'on diffuse des blagues marrantes, j'aime bien même, mais les chaînes pour superstitieux, ben moi ça me gave, et j'explique pourquoi, et c'est pas la 1ère fois.
Voilà c'est dit !
Sunday, January 29, 2006
Confidences de salon
Saturday, January 28, 2006
TN 2006
(en photo : le marché de L'Isle-sur-la-Sorgue - cliquez dessus pour agrandir!)Et walla, walla, nouvelle année, une bonne résolution : un nouveau Tokyo News.
Qui débarque sans prévenir. Pourquoi maintenant et pas avant ? ou plus tard, ou jamais ? Ce sont des très mauvaises questions, je ne me remercie pas de me les être posées. Sans doute que j'attendais l'inspiration, et j'ai fini par me lasser. C'est toujours la même question au moment de s'atteler à la tâche : par quoi commencer ? C'était déjà terrible avant, devant les copies d'examen, m'enfin au moins il y avait une limite au temps imparti, à la quantité d'encre, au papier bien délimité avec ses carreaux et sa marge. Mais là, devant cette page virtuellement infinie, ces millions de pixels blancs, je vous dis pas l'angoisse. Alors rien à faire, il faut se lancer, laborieusement d'abord, puis de même que l'appétit vient en mangeant, que l'anémie vient en mangeant pas, que l'appéritif revient en rotant, que la petite vient en pleurant, l'"a" petit revient quand on désactive la touche "majuscules", que l'Amérique viendra en Iran, que l'amnistie vient en pardonnant, que l'amnésie vient en... euh, en quoi faisant, déjà ? que la bêtise vient trop souvent, et l'à-peu-près vient aux feignants, l'inspiration, elle, vient au tournant. En plus ce coup-ci c'est facile, il me suffit de commencer par vous souhaiter tout plein de bonnes choses pour 2006. Je crois que je ne vais plus écrire qu'une fois par an. Donc voilà, je vous souhaite, et de tout coeur, une magnirificobolante année à tous, je vous souhaite d'avoir plein de projets heureux et de vous donner les moyens de les atteindre et de recevoir le petit coup de pouce, de pied ou de cul, qui pousse au train quand on traîne les pieds.
Mon année à moi a commencé sous de belles étoiles. Celles du ciel pur et glacial de Provence, vitrifié par le Mistral qui gagne, rince la nuit et la fige dans un marbre polaire, au dessus de la terre bleutée de pleine lune pâle. A Lagnes, la baraque des parents est magnifique, enfin complète. Bien bourge et décorée avec bon goût. Le jour de l'an c'était le ski où qu'on s'caille, le chalet chaleureux, et le resto de montagne où qu'on s'éclate la rate à la raclette. Bref, la récidive de l'an dernier, avec quelques absents et des nouvelles têtes : Miss Fantastic (la femme invisible, qu'on a pu voir parce qu'elle était en vacances) et les jumelles (la rouge et la blanche). Mes autres souvenirs de ce séjour français sont noyés de festins hospitaliers : la fondue savoyarde chez les tailladés, le couscous chez les autres tailladés, la galette chez les cousins, le chili de l'anniv de Nini. Sans compter les restos, pas en reste, et le reste justement c'était tournée de la famille. Le dernier jour, visite au marché de l'Isle sur la Sorgue pour rapporter en souvenir des bouts de Provence à caler dans ma valise. Une fois encore, toutes mes confuses à ceux que je n'ai pas eu (ou pris) le temps de voir : Mehdi t'es toujours à Martigues ? Benjy, Bordeaux c'est pas tout près non plus faut dire, Cyril et Glad on est pas passés loin cette fois...
J'ai repris le taf mercredi. Comme je rentrais après tout le monde, il fallait raccrocher le train en marche mais l'activité est, disons, raisonnable. Il y a du neuf dans mon équipe : Nicolas, notre volontaire international / veilleur stratégique, après 2 ans à la ME (il était arrivé peu après moi), vient d'être remplacé par un autre jeune, Benoît. Première impression plutôt bonne. En plus de ça, on vient de prendre un stagiaire, qu'il va falloir gérer pendant 3 mois, mais il a l'air assez débrouillard. Sinon les 3 assistantes, Akiko, Asako, et Yoko, alias mes chères Charlie's Angels, sont toujours fidèles au poste. Je suis plein de bonnes résolutions à leur égard, alors j'espère que cette année se passera encore mieux que l'an dernier. Quant à ma boss Sylvie, son départ est prévu en avril, je devrais la remplacer au moins provisoirement jusqu'en septembre. Vous aussi, vous aimeriez bien savoir ce qui se passera après ?
La vie au Japon n'étant pas seulement synonyme de boulot -dans mon cas du moins, parce qu'il y a des énergumènes par ici... - je vais aussi pouvoir reprendre des activités sympas : taekwondo, foot sale (mini-football à 5 contre 5) avec Masa et ses collègues de bureau, cours de japonais avec ma prof/amie Kako, enseignement du français à sa fille (si ça continue je vais devenir ami avec toute la famille, il manque plus qu'ils me présentent la grand'mère, paraît-il "la plus mignonne mémé du monde"), et, avec un peu de motivation, tarot avec les copains. Enfin, ne boudons pas les plaisirs simples : en ces temps de frisquette, j'ai découvert le bonheur de se poser dans un café avec un bon bouquin, histoire de se réchauffer les extrémités (je vous en prie...), y compris le bout de la langue qu'on se brûle délicieusement en sirotant son "caramel macchiato" ou en lapant son "caffè (sic) latte". Un vrai remède au spleen, il suffit de se laisser couler dans l'ambiance feutrée par la buée sur les vitres, les boiseries dorées et les volutes du café (si seulement ça avait le goût de son odeur!). Quand on refait surface et qu'on lève le nez de son bouquin, y a de quoi se distraire rien qu'à regarder les gens vivre : jeunes femmes qui gloussent en se repoudrant leur petit bout de nez, lycéens gouailleurs et débraillés, hommes d'affaires somnolents, couples muets enamourés, songeurs ou absorbés chacun par leur téléphone portable. Personne ne s'engueule, on ne sent aucune tension. Si la folie pointe parfois, elle est douce. Aucune agressivité nulle part, même pas -surtout pas- de la part des employés. Le service est invariablement aimable, rapide, efficace et discret. Avec la petite phrase qui fait plaisir : "prenez votre temps". Souverain. J'en ai fait 3 rien qu'aujourd'hui.
Côté lisage (ou lecturation), récemment 3 bouquins qui se lisent bien :
Côté visionnage, j'ai essayé de profiter du cinoche, comme à chaque retour en France. Lord of War (avec Nicholas Cage) était bien décapant. L'histoire d'un marchand d'armes prétexte d'un docu-fiction édifiant sur ce trafic qui ne connaît pas la crise. Plusieurs de mes potes ne l'ont pas trouvé assez cynique... c'est que je dois être bien naïf, mais faut pas exagérer, on a vu des productions hollywoodiennes plus angéliques. A propos, vous êtes allés voir le dernier Besson ("Angel A") ? C'est l'arnaque, hein ! Pas étonnant qu'il crève de trouille devant la critique au point d'avoir entretenu le mystère marketing. Pas con, Besson : empêcher les critiques de voir le film c'est en assurer la promo à risque à zéro, pour un produit qui vaut à peine plus, et vole tellement bas qu'il ne parvient à enculer que les mouches à merde qui daignent se poser sur lui. Bon, je m'énerve, mais je l'ai eue mauvaise d'engraisser à la fois Pathé et Besson pour cette double bouse (même si j'aime bien Jamel) !
Histoire de terminer sur une note positive, voici mes projets pour les semaines à venir : partir au ski (snowboard plutôt), m'essayer à l'enseignement du français commercial à des Japonais, trouver des potes qui voudront bien partager ces quantités gastronomiques de saucisson que j'ai réussi à passer à la douane, ranger ma piaule, nettoyer ma cuisine, répondre aux dizaines de mails en retard et classer diverses paperasses administratives.
Des brouettes de bisous à tous
Tuesday, January 17, 2006
Sahel
Sunday, December 25, 2005
ET N'OUBLIEZ PAS D'ETEINDRE LE FEU DANS LA CHEMINEE !

Les Juifs ont (intérêt à avoir) de l'humour
Thursday, December 08, 2005
Friday, September 30, 2005
Tuesday, September 20, 2005
Marche pas dans la mode, ça porte malheur
Saturday, September 10, 2005
Tuesday, July 19, 2005
Tokyo News, HS juin 2005





Dans l’épisode précédent, votre héros se préparait à venir passer 2 semaines de vacances en Provence, soit le quota annuel de congés payés d’un Japonais. Il faut dire que, grâce à un sentiment de culpabilité savamment entretenu vis-à-vis des collègues, ils ne peuvent concevoir de passer plus de 3 jours consécutifs sans travailler. Moi-même, je culpabilise tellement que je me sens contraint à tenir une comptabilité rigoureuse de mes vacances : depuis 3 jours que je suis rentré, la température extérieure oscille entre 36 et 39 degrés. J’ai dormi en moyenne 9 heures par jour. Je me suis fait inviter 3 fois à la piscine, 1 baignade en bord de rivière, 2 barbecues. J’ai au compteur 2 indigestions, 3 insolations, et 1 méga coup de soleil cancérigène fluorescent dans le dos. Le bilan est nettement moins brillant côté fiesta et débauche : 0 gueule de bois à déplorer, 0 conquête féminine à célébrer. Je me rattrape par les loisirs : 5 films en salle. Il faut dire qu’avec la fête du cinéma, les places sont 6 fois moins chères qu’au Japon. J’ai vu, par ordre croissant d’intérêt : Brice de Nice (même ratage lors du passage à l’écran que Mr. Bean), Batman Begins (bof malgré la première partie), Les Poupées Russes (sympa en tous cas pour un célibataire qui approche la trentaine, vit entre deux pays, et doute sérieusement d’arriver un jour à se fixer sentimentalement), Garden State (un film américain mais beau et touchant), Sin City (à déconseiller aux personnes sensibles, mais terriblement réussi et original).
Mais place à votre feuilleton de l’été : voici le récit d’un récent périple de 4 jours avec 2 amies japonaises, chez les parents de l’une d’elles, qui habitent Kyushu (prononcer « kiouchou »). Des quatre îles principales du Japon, Kyushu est la plus méridionale, avec ce que ça implique de mer, de proximité culturelle avec la Chine et la Corée, et d’accent plein de soleil... C’est la terre de Fukuoka, de Nagasaki, l’autre martyre de la bombe 3 jours après Hiroshima (pour le message subliminal, c’est pile la date mon anniversaire^^). C’est le Japon où ont accosté les premiers étrangers occidentaux ayant visité ce pays (contrairement à une idée répandue, il y en a eu avant Saint François-Xavier, ce missionnaire du XVè ou XVIè, euh… arrondissement ?). L’île est à 6 heures de Tokyo en shinkansen, alors il vaut mieux prendre l’avion, c’est d’ailleurs moins cher. Les parents de cette amie japonaise, mi-fonctionnaires locaux, mi-agriculteurs, sont des Japonais des champs. Ils habitent ce que les Japonais des villes nomment « do-inaka » (= la « campagne profonde », avec la même légère connotation péjorative). Les habitations sont quand même regroupées en hameaux, rarement isolées.
La maison familiale est posée au milieu des rizières. Non loin, un torii (vous savez, ces portiques à l’entrée des lieux de culte shinto, un peu en forme de « pi (3,14) ») planqué dans un bosquet mène à un sanctuaire de bois sur pilotis, reconstruit après avoir brûlé à cause de collégiens maladroits qui y fumaient en cachette (je soupçonne l’histoire d’être suffisamment romancée ou rabâchée pour sa valeur morale). Le paysage général ne manque pas de charme, sans être non plus d’une beauté époustouflante : c’est plat, boueux, et en fait de végétation, au début j’ai cru qu’ils faisaient pousser des pylônes électriques. Quand donc se décideront-ils à enterrer les fils ? Pas demain selon toute apparence : outre les considérations de coût et les contraintes sismiques, les Japonais ne se montrent pas concernés outre mesure. Mes compagnons de voyage prétendent ne même plus voir les fils (ici, ignorer un problème suffit souvent à le résoudre ; c’est la méthode nia-coué, qui consiste à ignorer les inconnus dans un métro bondé pour rendre cette promiscuité supportable, ou encore ignorer collectivement un collègue pour le pousser à la démission). Ce qui n’empêche pas les cartes postales d’être retouchées pour ne pas voir tous ces câblages disgracieux.
Au Japon, la plupart des maisons individuelles sont entièrement reconstruites tous les 20 ou 30 ans, sur leurs anciennes fondations. Celle-ci a été refaite il y a 6 ans. Franchement grande pour un habitué des cages à lapins tokyoïtes. Le style est un savoureux compromis entre traditionnel et contemporain. La pièce dans laquelle nous dormons est sans doute la plus représentative du premier aspect : fusuma (portes coulissantes en bois) à chaque issue, décoration et mobilier minimalistes, omniprésence du bois, tatami (et les futons qui vont avec), butsudan (autel bouddhiste pour révérer les ancêtres) surplombé de grands portraits sepia des récents défunts de la famille, alcôve (dont j’ai oublié le nom technique) où l’on dispose certains objets de décoration en laque et de la décoration florale (ikebana). A côté de ça, ils ont des toilettes ultra modernes avec siège chauffant et jets nettoyeurs, un furo (baignoire) qui signale par quelques notes de musique que l’eau est à la bonne température, un détecteur à l’entrée qui gazouille pour accueillir tout visiteur (vite énervant vu les passages intempestifs du voisinage), de petites lumières à la base des marches qui s’allument automatiquement lorsqu’on s’approche de l’escalier... Cette « maison intelligente » est adaptée aux vieux « personnes à mobilité réduite », ce qui tombe bien car en plus des parents, elle abrite la grand-mère (« O-bâchan »). Enfin, le logis est protégé par deux chiens soi-disant de garde, sauf qu’ils sont remisés à l’arrière de la maison. Luna et Leo sont deux bons bâtards frère et sœur, gentils comme toutout. Pour l’anecdote, Leo c’est le verlan de mon diminutif japonais (Aurélien --> Auré --> Olé --> Leo). Ca a l’air tordu comme ça, mais la grand mère semblait prendre un malin plaisir à faire la confusion, par dyslexie ou taquinerie, je n’ai jamais trop su... Il faut dire que je suis vraiment très poilu pour les standards japonais (français aussi en fait).
Cette demeure très accueillante est un grand lieu de passage régulièrement visité par la famille (mon amie a un frère et une sœur, qui habitent dans le coin) et les voisins et amis qui y viennent pour échanger les derniers potins et troquer deux litres de lait contre un sac de riz ou es aubergines qui sont la fierté de la grand-mère et de son potager (en un seul mot). Outre la qualité de l’accueil qui m’a été personnellement réservé (d’autant plus touchant que je les devinais aussi intimidés que moi, sinon plus), j’ai apprécié ces relations si précieuses, cette économie « parallèle », loin des considérations de marketing et de rentabilité dans lesquelles je baigne au quotidien. Durant ces 4 jours, nous ne sommes pas restés cloîtrés dans la baraque. Certes ce fut le lieu de quelques agapes, siestes gratinées et autres sommeils de plomb même pas dérangé par la coassophonie des grenouilles alentours (avez-vous déjà entendu un crapaud qui fait le même bruit qu’un portable sur vibreur ? très déstabilisant…).
Mais nous avons aussi pas mal visité la région. 1er jour, la côte nord-ouest et Fukushima : balade en voiture le long des côtes découpées, déjeuner dans un petit port de pêche avec restaurant de fruits de mer obligatoire. Quelques tables surélevées sur tatami (pas assez de recul et de souplesse pour m’asseoir confortablement), autour d’un bassin où barbote un élevage de seiches. Nouvel essai : le « ikizukuri » de seiche. La pauvre bestiole est préparée et dévorée vivante ! C’est paraît-il une preuve de fraîcheur très appréciée des Japonais. Comme les huîtres chez nous. Sauf que c’est déjà pour ça que je ne mange pas d’huîtres crues (il faut dire que je n’ai jamais eu l’occasion non plus). Alors que le mollusque nous dévisageait de son œil humide et lançait des SOS en agitant les tentacules, les 3 Japonaises qui m’accompagnent se régalaient en grappillant de leurs baguettes les morceaux prédécoupés de sa couche supérieure blanche et caoutchouteuse. Moi je n’ai pas eu le cœur et ai attendu qu’il nous revienne en tempura (beignets frits).
2ème jour, le Mont Aso : le grand air, le grand vert, sans câbles électriques, si ce n’est ceux du téléphérique qui mène au sommet de ce volcan en activité. Là nous attend une vue spectaculaire : l’intérieur du cratère, ceint par la caldeira, une découpe naturelle particulière dans le rocher multicolore. Le lac quasi-asséché laisse apparaître le fond du cratère, d’où émanent des fumées épaisses et menaçantes. Un responsable du site nous explique que cela fait une dizaine d’années qu’il n’avait observé une telle activité. Une partie de la visite est fermée au public, car le vent y a porté ce matin des gaz toxiques. A midi, on essaie une spécialité locale, le « curry-volcan » : le riz est en forme de cratère, d’où déborde la sauce. Très bien pour faire manger les gamins. Je me suis régalé.
3ème jour, les canaux de Yanagawa : descente bien agréable sur une barque, chargée d’une douzaine de touristes et menée par un gondolier intarissable de chansons et d’histoires sur tel arbre à fleurs, telle muraille, tel jardinet… Nous sommes accompagnés d’une autre amie japonaise et de ses deux petites filles de 2 et 4 ans, Yui et Mami, assez sages et pour tout dire adorables. On me les colle dans les bras et je ne saurais dire lequel était le plus mal à l’aise. Pour le déjeuner, passage obligé dans un restaurant dont la spécialité est l’anguille. Après la seiche, c’est la deuxième fois que je mange un plat auquel je m’étais pourtant juré de ne plus goûter, et que je suis agréablement surpris.
Le dernier jour, la jeunesse a été un peu mise à contribution pour la culture du riz. Il s’agissait juste de transporter les plants de riz (« ine ») élevés en pépinière jusqu’aux rizières (« tambo »). Etant l’un des rares initié aux vitesses manuelles, on m’a fait conduire un « keitora » (de « kei » qui signifie « léger » et « truck », camion ; encore un exemple de l’appropriation de l’anglais par le japonais pour créer quelque chose de complètement nouveau). Cette camionnette a deux places à l’avant et une benne à l’arrière (important pour la suite). Je fais mon baptême de conduite en vitesses manuelles avec volant à droite (on s’habitue vite, une fois qu’on a remonté et descendu 2 ou 3 fois sa vitre en cherchant à passer la seconde). Les copines m’ont assuré qu’il n’y avait aucune chance de se faire arrêter, il n’y a pas de policiers dans le coin. Ca faisait environ 3 minutes que je conduisais, j’avais déjà pris assez d’assurance pour faire des zigzags à 80 sur une route limitée à 40 pendant qu’une amie faisait l’idiote dans la benne à l’arrière, lorsque « pippipîîî », coups de klaxon : un motard qui nous fait signe de nous ranger sur le bas-côté. Sa mobylette crottée fait penser à un postier, si ce n’est la boîte en plastique posée sur le porte-bagages où est écrit « POLICE ». Il est ce qu’on appelle « O-mawari-san », l’îlotier protecteur d’une zone déterminée, et qui, dans cette campagne, doit sérieusement se tourner les pouces. Il commence à réprimander la copine dans la benne et demande les papiers du véhicule et du conducteur. Lorsque je descends, il pâlit : je dois être le premier étranger qu’il voit d’aussi près. Pour vous donner une idée, mon amie est une célébrité dans son village pour avoir vécu à l’étranger (Monaco) et parler anglais et français. O-mawari-san, qui ne doit pas avoir plus de 20 ans, a plutôt une bonne tête (pâle) mais je n’en mène pas large : complètement en vacances, j’ai laissé à la maison tous ces trucs qui d’habitude ne me quittent jamais : montre, téléphone portable et papiers. De toute façon, je n’ai que la photocopie d’une traduction de mon permis de conduire, dont je sais pertinemment qu’elle est périmée. Le policier commence à vouloir noter mon nom sur un calepin, mais il se décourage dès le prénom (déjà imprononçable pour les Japonais francophones). Puis il bafouille quelque chose à propos du permis international et avance timidement l’idée qu’il faudrait peut-être faire les vérifications qui s’imposent. Il appelle des renforts mais la voix féminine à l’autre bout de son portable, si elle l’interroge sur mes nationalité, sexe, profession… (toutes considérations dont j’imagine mal en quoi elles rentrent en compte dans le code de la route) ne semble pas plus au courant que lui de la marche à suivre dans ce cas particulier. C’est bientôt l’heure du déjeuner et O-mawari n’a pas l’air motivé pour faire le déplacement jusqu’à la maison, surtout pour effectuer un contrôle dont il nous avoue « ne pas très bien connaître » les tenants et aboutissants. La menace est passée. Reste au policier à sauver la face : il nous annonce sans rire que s’il nous laisse partir sans contravention, il s’agit bien d’un avertissement. Nous voilà rassurés sur l'efficacité de la police. Et moi qui ai failli croire que son incompétence et sa feignantise l’avaient lamentablement incité à fermer les yeux sur une série d’infractions flagrantes ! Nous nous empressons d’acquiescer en chœur. Il était temps de repartir, car inquiétée par notre retard, O-bâchan était déjà partie à notre rencontre dans sa « mémémobile », une chaise électrique améliorée, avec phares, clignotants, rétroviseur, panier à provisions, qui lui assure une bonne mobilité jusque dans les champs alentours ! Tout est bien qui finit bien, et on s’est marrés tout l’après-midi en se remémorant l’épisode.
Voilà c’était un TN un peu spécial, un hors-série « Lagnes News » (pour ceux qui ne connaissent pas, Lagnes c’est le petit village provençal où habitent mes parents, mon « do-inaka » à moi). J’espère que ça vous a plu, et vous dis à bienture pour de nouvelles aventôt.
TN premier semestre 2005
News d'Tokyo, le nouveau 17 octobre 2004
Okinawa News (HS TN 25 septembre 2005)
TN janvier 2005
Aujourd’hui un court Tokyo News pour vous dire 2 choses :
Pour certains ce que je vais dire n’est déjà plus une nouvelle, mais voilà : Isabelle et moi ne sommes plus ensemble. Nous nous sommes séparés entre Noël et le Jour de l’An. Nous avons coupé les ponts, pour « faciliter » la transition, sans s’échanger aucune nouvelle. Sans doute reprendra-t-on contact dans quelque temps, une fois la page bel et bien tournée. En tous cas je l’espère. Pour ceux qui ont gardé son contact, vous pouvez lui transférer les Tokyo News, si elle le souhaite.
La bonne nouvelle maintenant. Je viens de découvrir une petite invention révolutionnaire : la téléphonie gratuite sur Internet. Le principe est simple : il suffit d’une connection à Internet et du logiciel « Skype » (qu’on trouve sur Internet, voir ci-dessous), et on peut se téléphoner sans rien payer en plus ! (on se parle et s’entend grâce aux micro et hauts-parleurs de l’ordinateur) Autant vous dire que le monde va se sérieusement rétrécir autour de moi ! Je pourrai dialoguer en direct avec ceux qui sont équipés, et ce pendant des heures (suivant disponibilités des intéressés !). Il ne me reste plus qu’à acheter une webcam, et vous aurez l’image en prime ! J’espère qu’ils vont arrêter là le progrès, bientôt on risque d’avoir les odeurs avec…
La procédure à suivre est plutôt simple et prend en général moins de 5 minutes... :
1) allez sur Internet à l’adresse http://www.skype.com/download.html
2) cliquez sur « Download Skype for Windows » et suivez les instructions !
3) vous venez ainsi de télécharger le programme ; il vous reste à l’installer, en cliquant sur le nouvel icône qui est apparu sur (normalement le « bureau » de) votre ordinateur, en suivant toujours les instructions. Mon pseudo sur Skype est « rocconut » (si vous voulez faire des essais) ;-)
Voilà, c’est très facile, mais n’hésitez pas à m’écrire si vous rencontrez des problèmes ou avez des questions en essayant cette manipulation.
A part ça j’ai repris le boulot depuis 3 bonnes semaines et rien ne semble avoir changé ni devoir changer. J’ai l’impression que l’année dernière va se reproduire à l’identique, ce qui n’est pas forcément un bon présage. Pour la vie privée, c’est plus incertain. Le célibat me permettra sans doute de réfléchir à beaucoup de choses et, je l’espère, de mûrir un peu. Côté copains, mes weekends sont toujours éclairés par la même bande d’amis français, mais, coup dur, plusieurs d’entre eux ont prévu de quitter le Japon au printemps. Masa, quant à lui, se mariera le 13 février (cérémonie restreinte avec les familles seulement). Quant au bébé, il est attendu en juillet.
Voilà. Au terme d’un weekend qui est encore passé très vite et sous le signe du beau temps, je suis d’attaque pour reprendre une dure semaine de labeur. Mais avant ça, je vais me gaver devant mon plat de pâtes-à-la-bolo, sempiternel et toujours aussi bon, en regardant un nouvel épisode de la série « 24 Heures ».
Je pense bien à vous tous, les amis du Japon que je vois plus ou moins souvent, ceux de France qui me manquez déjà malgré (à cause de?) les excellents moments partagés en France, la famille proche ou éloignée, les autres, vous aussi à qui je pense et qui traversez des moments particulièrement difficiles.
A bientôt par e-mail, lettre, téléphone, ou encore en rêve… tous les moyens sont bons !


